Y. DINIZ, SEULES LES CHAUSSURES ?

Publié le 22 août 2009 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : émotions
Composante mentale : envie

SEULES LES CHAUSSURES ?

Séquence
Y. Diniz termine 12ème du 50 kms marche des championnats du monde d’athlétisme de Berlin en 3 heures 49 minutes 03 secondes.

Faits visibles
Traumatisé par son abandon à Pékin, particulièrement préparé sur le plan physique (staff de grande qualité, entraînement au Portugal…), très axé sur la valeur « travail », le résultat n’est pas à la hauteur des attentes du Français.
Figurant dans le groupe de tête jusqu’à mi-parcours et affichant une fluidité évidente (les commentateurs de France 2 se demandant même s’il n’en faisait pas « trop »), le Champenois a été décroché quelques kilomètres plus loin et victime d’un terrible passage à vide.
Tout est allé vite : un gros plan de la réalisation TV sur sa marche et ses chaussures jaunes – 2 avertissements qui ont créé le doute (Y Diniz ne sachant où se positionner et naviguant derrière le groupe de tête avant de revenir en compagnie d’un concurrent) -un carton rouge. Il est alors décroché du groupe de tête peu après le 25e km pour perdre régulièrement des places. Un second carton rouge vers le 35e km, il a même été doublé en fin de course par le vainqueur sur le circuit de 2 km tracé autour de la Porte de Brandebourg. Y. Diniz « Un, puis deux. J’ai douté mentalement j’ai pris un coup, j’avais peur de ne pas finir, de me faire sortir. Et puis il y a eu une chute de tout, de concentration, d’adrénaline…(…) J’ai bien bossé toute l’année, cela n’a pas payé. Il n’y avait aucun signe, j’étais bien. Mais voilà… pas d’explication. Entre le 30e et le 40e, j’ai eu 10 km pénibles. Je m’arrête, je vomis. C’est vraiment la tronche qui m’a aidé à finir. J’étais vraiment prêt », explique-t-il. A l’arrivée, les commentaires fusent de la part des journalistes : « c’est à cause des chaussures jaunes ! »

Notre sujet
Que s’est-il passé ?
Comment éviter que la situation ne se reproduise ?

Fausses pistes
1. Les chaussures…
L’observation de la télespectatrice SMS de France 2 est excellente ! A la fois judicieuse et pertinente, elle vient souligner l’importance stratégique du regard extérieur parfois candide, car justement extérieur il est.
Mais il serait à notre sens erroné de s’arrêter à ce stade, de penser que seul le changement des fameuses chaussures jaunes apportera une réponse. Ne pensez-vous pas que d’autres facteurs ont également été négligés ?
2. Ne pas partir devant…
« Tout le monde a cherché à faire sauter les autres. Ce n’était pas la course qu’on imaginait, rétorque-t-il. La conclusion c’est peut être qu’il ne faut pas être devant tout de suite et refaire les courses que j’ai pu faire il y a quelques années pour aller chercher un podium »
3. Le seul travail physique…
La Gagne est un projet, pas seulement un volume de travail
4. Ne pas abandonner…
Formulé ainsi, l’objectif est anti-fluidité. Un peu comme si un sauteur à la perche avait pour objectif de ne pas rater son essai… Mais cette fausse piste en appelle une judicieuse : quel était l’objectif de Y. Diniz ? Pourquoi avait-il tant de mal à l’exprimer lors des interviews avant course ? Peut-être justement parce qu’il n’était pas clair… et aucune tactique ne peut être élaborée sans objectif clair !
Faudra-t-il attendre un prochain témoignage SMS lors de la prochaine course pour observer qu’une autre erreur a été commise ? Et qu’elle n’a pas été anticipée ? Faudra-t-il décider de partir devant après la prochaine course ? Faudra-t-il… ?

Le sujet semble bien être là : un pan majeur de la stratégie de haut-niveau semble être perfectible dans la préparation de Y. Diniz : la gestion des risques.

Approche possible
L’approche proposée consiste à décrire de manière fragmentée les micro-séquences de la compétition pour identifier les phénomènes en présence et la réaction associée de Y. Diniz.
Cette approche permettra de quitter la réaction émotionnelle liée à la déception (qui entraîne des décisions inadaptées) pour entrer dans un mode d’analyse puis de décision.

Décryptage
Etant de simples observateurs, nous n’avons pas la prétention de connaître les ressentis de Y. Diniz pendant l’événement. Nous nous appuyons donc sur les images et ses propos en fin de course.
Au niveau macroscopique, 4 phases prioritaires semblent être à retenir :
1. Début de course – Fluidité
2. Avertissements – Doute
3. Cartons – Peur – Vomissements
4. Fin de course – Mobilisation – Finir !

Mécanismes
Il semble bien que le rôle des juges n’a pas suffisamment été pris en compte dans la préparation de la course.
Cette absence de prise en compte et l’absence de stratégie de réponse ont considérablement fragilisé Y. Diniz sur le plan émotionnel. Comme le dit Yohan, face au(x) carton(s), sa réaction a été de porter son attention sur un champ externe « la peur d’être sorti » et non sur un champ interne (par exemple centrage de l’attention sur ses sensations, sur le bruit de son choix…). C’est ce qui peut arriver de pire à un sportif : entrer dans un mode qu’il ne contrôle pas, remettre son destin dans les mains de l’autre, d’un juge ou d’un adversaire… La spirale négative s’est donc enclenchée pour atteindre son paroxysme : les vomissements.
Peut-on dire que Y. Diniz était prêt ?
Quel était l’objectif de Y. Diniz ?
Quelle tactique a-t-il mise en œuvre pour atteindre cet objectif ?
Si l’objectif était de ne pas abandonner et qu’aucune stratégie émotionnelle n’a été élaborée en réponse aux cartons possibles, ceci explique cela… Le carton a renforcé la peur d’abandonner, résultante du traumatisme de Pékin.
Comment faire pour que la situation ne se reproduise pas ?
La définition d’un objectif tourné vers l’action couplée à la gestion des risques, technique moderne et optimisée de préparation des grands événements, sont à notre sens indispensables. Il est tellement dommage de perdre le bénéfice de mois ou années de travail simplement pour ne pas avoir précisé l’objectif et mis en place de gestion des risques associée, seule stratégie efficiente pour gérer ses EMOTIONS.

Questions
Quel était l’objectif de Y. Diniz ? Gagner ? Se faire mal ? Ne pas abandonner ? Terminer ?
Un debriefing formalisé et une étude fragmentée de la course des J.O. a-t-elle été réalisée après Pékin ?
Quel a été le plan d’action établi sur base du bilan annuel et du debriefing ?
L’objectif fixé avant les championnats du monde de Berlin a-t-il été atteint ? La question mérite d’être posée…
Quelle gestion des risques a été mise en place avant la course ?
Les facteurs d’influence ont-ils été identifiés ? (adversaires, météo, juges, presse…)
Quelles stratégies ont été choisies pour anticiper la réponse aux facteurs d’influence ?

Précautions
Les seuls faits « visibles » ne suffiront jamais à créditer la véracité et la pertinence de ce décryptage. Ce n’est qu’un éclairage différent et spécifique de l’actualité sportive. Il a sa propre réalité objective :
Un avis, pas un jugement
La conscience de ne pas connaître la totalité des informations
Le plus grand respect pour les personnes concernées

Notre seule ambition est celle d’apporter notre contribution et notre angle de vue à Y. Diniz, un athlète de haut-niveau que nous apprécions !
Yohann, que ces quelques lignes puissent t’encourager à clarifier tes objectifs et rendre robuste ta préparation du Jour J ! Vas-y ! Le jeu en vaut la chandelle !

S.B.

Diagnostic Performance Individuelle

Formation des entraîneurs

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Publié dans Athlétisme  
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