ARCHERS, TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS ?

Publié le 10 septembre 2009 par Régis Adnet | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : énergie

Travailler plus pour gagner plus ?

Séquence
Mardi 08 septembre 2009, Ulsan en Corée du Sud. L’équipe de France masculine s’est inclinée en finale des Championnats du Monde face aux Coréens dans la catégorie arc classique, la discipline olympique du tir à l’arc.
Score : 222 points à 220.

Faits visibles

  1. « Sur le papier » : depuis 1993, 80% de la totalité des titres mondiaux leur sont revenus, champions olympiques en titre et vainqueurs contre la France le mois dernier lors de la finale de la Coupe du Monde à Shanghai (216 à 207). Les Sud-Coréens sont très largement favoris.
  2. « Durant le tournoi » : en qualifications, les archers Coréens ont devancé de 96 points les Français pourtant deuxièmes. Lors des phases finales leur moyenne est de 227 points contre 223 pour les Bleus.
  3. « En Finale » : France 193 – Corée du Sud 192, dernière volée. Les Français tirent en premier et réalisent -trois 9-. Les Coréens doivent réaliser au moins 29 points pour l’emporter. Ils alignent -trois 10- et s’adjugent la victoire et la médaille d’or de ces Championnats du Monde.
  4. « En coulisses » : à l’entraînement, un archer Coréen tire plus de 100 000 flèches par an contre moins de la moitié pour les Français. Un collégien Français s’entraînant en pôle espoir tire de 150 à 200 flèches par jour. Son homologue asiatique tire de 300 à 600 flèches par jour, jusqu’à 1000 avant les compétitions !

Notre sujet
Raflant presque tout depuis 1993, volume de travail et exigence sont les maîtres mots de l’école Coréenne. Que manque t-il aux archers tricolores ?
Jean-Charles Vallandont  un des trois finalistes Français : « …le jour où on arrivera à s’entraîner comme eux, on sera vraiment au même niveau. »
Le volume d’entraînement, Corée : 100 000 flèches – France : 50 000 flèches. Qu’est-ce qui empêche les Français de tirer plus de flèches ? Tirer plus pour gagner plus ? Essayons de comprendre.

Fausses pistes

  1. Les archers Coréens sont des extra-terrestres ! Bourreaux de travail, machines à tirer des dix, leur exigence de performance semble inhumaine et venue d’une autre planète. Ils sont programmés dès leur plus jeune âge… ou plutôt, l’organisation du tir à l’arc est fortement structurée autour des exigences du haut-niveau et de la culture Coréenne.
  2. Les Français sont des fainéants ! Toujours à se plaindre, et pourquoi pas les 35 heures pour les sportifs de haut-niveau… ou plutôt, tous les facteurs d’optimisation des processus de la performance et de la démarche d’enseignement ne sont pas efficients.

Approche possible
Répété de façon intensive le corps mémorise le geste parfait, tous les techniciens, entraîneurs et athlètes connaissent bien ce principe d’entraînement. En France les meilleurs archers tirent environ 40 000 flèches par an, les Coréens en tirent plus du double. Logique des résultats.
Bérengère Schuh, championne d’Europe 2008, a quitté L’INSEP après un an de cohabitation avec M. Lee (entraîneur Coréen) : « …je perdais le plaisir car physiquement je ne tenais pas en tirant 300 ou 350 flèches par jour (contre 200 à 220 actuellement). »
Ce volume et cette intensité de travail imposent donc de grandes exigences énergétiques et dans le cas d’un déséquilibre entre ces exigences et les ressources disponibles, l’athlète sera atteint d’une angoisse de performance : perte de motivation, déstabilisation émotionnelle et concentration inadaptée.
La charge d’entraînement ne pourra être augmentée qu’au fur et à mesure que la capacité à tolérer l’entraînement s’accroît. Voilà c’est dit !

Je zoome sur ce qui me semble un des processus peu optimisé de nos athlètes, celui qui commence le boulot quand l’autre a fini, celui que l’on surnomme « l’entraînement invisible » : le processus Repos.

Décryptage
Le processus repos, appelé aussi récupération est le temps nécessaire après un effort pour que l’athlète retrouve un état lui permettant de fournir à nouveau un effort équivalent voire plus important que le précédent. Mais quand on s’entraîne 6 jours par semaine et que l’on veut doubler le nombre de flèches à tirer, on n’a plus le temps de récupérer ! De plus le temps exigé pour une pleine récupération (surcompensation) est un processus lent. Je fais comment ??? J’ai le dos en compote, mes mains et mes épaules n’arrivent plus à se relâcher et j’ai la concentration d’un gamin de 3 ans et au-delà de 200 flèches je ne fais que de la m… !
C’est évident, un déséquilibre entre charge d’entraînement et récupération provoque des détériorations physiologiques et psychologiques de la performance.
Imaginez maintenant un verre (l’athlète) et l’eau qui remplit ce verre (la charge d’entraînement). Cette dernière représente une charge totale de stress : physiologique (fatigue musculaire, tendineuse, dette en oxygène…), psychologique (effort de concentration, niveau de performance, entourage, concurrence…) et sociale (sacrifices, pression…). La tolérance de l’athlète à cette charge totale de stress c’est la taille de son verre. La récupération correspondrait alors à la quantité d’eau qui s’évapore continuellement du verre.
Je ne pense pas que la limitation réside dans la fréquence et la quantité de gouttes d’eau tombant dans le verre (charge d’entraînement), qui est nécessaire pour accéder à un plus haut-niveau. La limitation réside dans la taille du verre (tolérance a ces stress) ainsi que dans la capacité et la vitesse de l’évaporation de ce volume d’eau (récupération). Il faut donc favoriser et augmenter ces capacités de tolérance et accélérer le processus de récupération
Les actions concernant les mesures de récupération sont souvent très générales et passives (absence d’activité et sommeil), surtout chez nos jeunes athlètes.  Il est donc important que la récupération (très lente autrement) soit accélérée entre les entraînements et les épreuves. Elle sera également meilleure si les mesures sont dirigées vers le domaine où le besoin de récupération est le plus grand. Je ne suis pas sûr que « manger des pâtes » soit l’action la plus efficace pour réparer 6 heures de concentration intense ou une séance de m… ! .
Quelles mesures de récupération connaissez-vous pour le stress psychologique et social ? Un carnet d’entraînement, sûrement…et votre carnet de « récup » ?

Mécanismes
Pour s’entraîner plus (plus vite, plus loin, plus haut, plus fort, plus longtemps…) et rester dans une zone permettant des améliorations constantes et durables, l’athlète et son staff doivent réussir à équilibrer l’entraînement et la récupération d’une manière optimale. Deux principes :
-          Favoriser et augmenter sa capacité de tolérance (taille du verre).
-          Accélérer par des mesures ciblées et proportionnelles la récupération (évaporation).
L’objectif étant que l’athlète ressente son parcours, son entraînement comme cohérent en même tant qu’il le contrôle. Ce qui ne semble pas avoir été le cas entre M. Lee et notre française Bérangère Shuh ou les difficultés pour les archers français à s’entraîner comme les Coréens.
La performance est une succession de processus interdépendants et cette chaîne ne sera jamais aussi forte que son maillon le plus faible.
La récupération gérée de manière performante est A.C.T.I.V.E :

-          Adaptée à l’athlète (taille du verre) et proportionnelle à la densité et fréquence de la charge d’entraînement (eau),
-          Conscientisée, la prise de conscience de soi-même et des sensations du corps permet d’écouter et d’apprendre à comprendre ce dont on a besoin,
-          Totale,  la récupération est accélérée et contrôlée créant une marge de manœuvre pour un entraînement plus intensif,
-          Impliquée, la récupération comporte une forte proportion d’autonomie, d’apprentissage et d’autogestion en relation avec l’entraîneur. Ce travail de collaboration donnera le meilleur résultat,
-          Valorisée, il faut apporter du crédit et de la valeur à la récupération surtout sur les facteurs de stress « oubliés », psychologique et social,
-          Évaluée, mettre le processus récupération en lien avec le processus entraînement : principe du programme rétrospectif. Tout autant que la charge d’entraînement, il faut mesurer la récupération.

Ainsi, les athlètes préserveront et augmenteront leur potentiel énergétique en vue d’efforts plus importants à fournir. Et quand le corps va bien, la tête veut bien ! Et si la tête va bien, le corps peut aller loin !

Questions
1. Hormis le facteur culturel Coréen non négligeable (tolérance aux exigences), et si les secrets du Matin calme se dissimulaient dans cet « entraînement invisible » ?
2. Entraînement et récupération doivent être équilibrés. Quel est le prorata entre entraînement et récupération au niveau des ouvrages et méthodes, de la formation des entraîneurs et de l’autonomie des athlètes ?
3. Alimentation, boisson, étirements, massage, électrostimulation… et le stress psychologique et social d’un entraînement intensif et compétitif, je « l’évapore » avec quoi, comment ?

Recommandations
-          Aux athlètes, apprenez à reconnaître les signaux du corps, ne vous focalisez pas que sur la récupération physiologique. Listez ce que vous « coûte » un entraînement et/ou une compétition dans les trois domaines décrits ci-dessus et  notez en parallèle les mesures pour « payer » cette dette,
-          Aux entraîneurs, dont le job est aussi d’être « récupérateurs ». Élargissez votre champ de compétences en matière de récupération. Les athlètes ont besoin de vous pour comprendre et apprendre à s’autogérer,
-          Aux instances fédérales, on rigole encore jaune quand l’on entend encore « Allez, concentre-toi ! », n’en rajoutons pas une autre « Allez, ce soir tu récupères bien ! ». Tous les processus de la performance sont importants et nécessitent un apprentissage et une autonomie graduelle pour chaque acteurs de votre discipline.

Précautions
Les seuls faits «  visibles » et/ou rapportés ne suffiront jamais à créditer la véracité et la pertinence de ce décryptage.  Ce n’est qu’un éclairage différent et spécifique. Il a sa propre réalité objective :

  • Un avis, pas un jugement
  • La conscience de ne pas connaître la totalité des informations
  • Le plus grand respect pour les personnes concernées

R.A.

Diagnostic Performance Individuelle

Formation des entraîneurs

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