J. BUTTON, QUI A GAGNE ?

Publié le 22 octobre 2009 par Régis Adnet | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : TOUTES

Qui a gagné ?

Séquence
Dimanche 18 octobre 2009 sur le circuit d’Interlagos au Brésil, neuf ans après ses débuts en Formule 1 et 169 Grands Prix courus, Jenson Button devient à 29 ans le 31° champion du monde de formule 1. C’est son premier titre de champion du monde.

Faits « visibles » et « rapportés »
Bien évidement de la joie, beaucoup de joie, des hurlements de joie dans la voiture durant le tour d’honneur : « Champion du monde ! ». Il en a même presque pleuré… « Un truc de fou ! », «Mais ça y est, je le suis ». Jenson Button est soulagé.
Soulager : débarrasser d’une partie d’un fardeau, d’une charge, de quelque chose qui pèse.
Antérieurs au présent de cette victoire et du titre de champion du monde, il y a d’autres faits visibles et rapportés, j’en ai choisi six :

  1. Jenson Button est talentueux : «…son talent était exceptionnel. », « Il ne faisait jamais d’erreurs. », « Son coup de volant, celui d’un styliste, toujours posé, fluide ». Equipiers, adversaires et directeurs d’écurie reconnaissent que le pilote Britannique est un très bon pilote, un des plus doués du circuit.
  2. Jenson Button est lucide : pour la première fois de sa carrière, il est dans la bonne écurie au bon moment et ne laisse pas passer l’occasion. « Dès qu’il a senti qu’il aurait sa chance cette année, Jenson s’est impliqué à fond dans ce qu’il faisait, autant que je voyais Michael Schumacher le faire à l’époque. » assure Ross Brawn.
  3. Jenson Button n’est pas un moine-soldat : « C’est un garçon qui aime la vie et qui n’avait pas envie de faire de la F1 un sacerdoce. Il voulait profiter des filles, des bateaux, des voitures de sport. ». Jenson Button à un côté people.
  4. Jenson Button a été patient : neuf ans dans le cercle très restreint des pilotes qui ont une écurie et une voiture. Il lui aura fallu attendre 113 départs avant de connaître sa première victoire, six ans après ses débuts en F1. Un premier titre de champion du monde au bout de neuf ans et 169 GP courus.
  5. Jenson Button se dit méritant : « Je mérite ce titre. » peut être interprété comme «  je mérite cette récompense, je mérite cette joie. J’ai vécu beaucoup d’échecs, de moments de doutes et de critiques, j’ai persisté, persévéré… Je suis digne de cette récompense… » : « Je mérite ce titre. ».
  6. Jenson Button a eu de la chance : pour cette année seulement ! Puisque cela semble être un élément incontournable en F1,  être ou ne pas être… là, au bon moment au bon endroit. C’est à dire piloter la meilleure voiture du moment. Cela semble être juste : à une ou deux exceptions près, au titre de champion du monde des pilotes, l’écurie de la voiture obtient également le titre de champion du monde des constructeurs.

Notre sujet
Aujourd’hui, ce n’est pas sur la volonté, les envies, les raisons d’être, le talent et la persévérance d’un athlète, que je souhaite focaliser ce décryptage de l’actualité sportive. C’est le sixième fait « visible » qui m’intéresse : on ne gagne que si l’on est un bon pilote avec la meilleure voiture.
Cela semble tellement évident en F1 que l’on en oublie que c’est identique dans tous les autres sports et c’est notre sujet : la voiture est au pilote de F1 ce que les processus de la performance sont à chaque athlète… Les liens d’un destin…d’un projet, mais surtout le moyen de gagner.

Précisions
- Un pilote de F1, un athlète, je vois ce que c’est : femme ou homme, ils s‘entraînent dur physiquement, techniquement et mentalement. Ils font beaucoup de sacrifices et veulent gagner.
- Une voiture de F1, je vois ce que c’est : un moteur, des pneus… Un ensemble d’éléments interdépendants qui devront être chacun au top pour que l’ensemble soit le plus performant possible et permettre au pilote d’exprimer de façon optimale ses compétences, son talent, son travail, son engagement.
- Les processus de la performance, je vois ce que c’est aussi : j’enlève moteur, pneus… Et c’est la même chose que la voiture de F1, un ensemble d’éléments interdépendants […] et permettre à l’athlète d’exprimer de façon optimale […] son travail, son engagement.
Vous trouverez plus de détails sur la page « Modèles » de ce blog. Ces éléments interdépendants (ou principaux processus de la performance) sont au nombre de 10 (Objectifs, Ressources, Plan d’action, Cohésion, Training, Repos, Sélection, Préparation à l’action, Jour J et Bilan).

Donc, d’un côté le pilote de F1 dans sa voiture  utilisant de manière directe ou indirecte tous les éléments de son bolide,  et de l’autre l’athlète acteur et utilisateur direct ou indirect de chacun des processus « vers » la performance.
Alors en piste ! Approfondissons ce qui se déroule de façon analogue.

Un décryptage en parallèle
Voici une liste non exhaustive des analogies entre une voiture de F1 et les processus de la performance :

  1. « Le moteur n’est pas que la voiture » : Il a certes un rôle très important, mais tout seul il ne sert à rien ! Le processus Training est le principal élément opérationnel pour la performance, mais s’il est seul, son efficacité et son optimisation seront très vite limitées.
  2. « Le pilote doit être bien assis dans sa voiture » : Tous les éléments de commande de la voiture sont adaptés au pilote. De même, l’athlète doit se sentir à l’aise et opérationnel pour piloter son projet sportif, la route est longue ! Mes objectifs sont-ils bien réglés ? Suis-je bien installé dans mon processus Training ? Le passage du Jour J est-il fluide ?…
  3. «  La voiture est harmonieuse » : Hormis la couleur, tel élément impose tel autre élément. Les freins à disque de mon VTT ne suffiraient certainement pas au moteur de ces voitures !  Pour cet objectif, j’aurais besoin de ces ressources. Pour cet entraînement, voici le processus de récupération le plus adapté… ainsi de suite.
  4. « Chaque détail compte » : On le sait en F1, avec le plus infime dysfonctionnement c’est la sortie de route, le retour au stand, la panne, les places d’honneur… Dans les autres sports et dans le haut-niveau, ils s’ appellent je crois  « petits détails qui font la différence ».
  5. « Les performances et tous les éléments de la voiture sont analysés, améliorés et réparés » : De même, le processus Bilan et son tableau de bord doivent permettre d’analyser, d’optimiser, de rectifier et de renforcer chaque processus de la performance. Et cela ne concerne pas que le moteur ou le résultat. Une chaîne ne sera jamais aussi forte que son maillon le plus faible.
  6. « Le chef ingénieur, un acteur essentiel » : Le pilote passe plus de temps dans les réunions techniques que dans sa voiture. Le dialogue, l’échange, les retours de sensations sont essentiels pour construire une stratégie commune et pour accorder les actions de chacun. Les relations manager, staff, entraîneur, préparateur physique et mental avec l’athlète n’échappent pas à cette règle.
  7. « Les performances de la  voiture font progresser le pilote » : Le pilote apprend à mieux conduire avec une voiture plus performante, il perfectionne avec plus de finesse ses compétences. La voiture peut faire plus, la voiture est compétitive, la voiture peut gagner, alors le pilote apprendra à être meilleur pilote car lui aussi veut gagner. Et là, il sait que c’est possible…

Mécanisme
Jenson Button est un très bon pilote, mais il n’avait pas la bonne voiture. Jenson Button était lucide, ce n’était pas un moine-soldat, il savait qu’il ne pouvait pas gagner, alors plutôt que de s’isoler dans une quête perdue d’avance, il a eu une vie entre plaisir et déception pour rester en équilibre. Jenson Button est méritant, après neuf ans, il a enfin la bonne voiture et toute son énergie s’oriente et se focalise sur son travail, il s’investit, il se bat en guerrier et il gagne…enfin.

L’avantage de la Formule 1, c’est que les résultats d’un pilote sont des éléments qui valident la performance d’une voiture immédiatement.
L’inconvénient dans les autres sports de compétition, c’est que les résultats des athlètes sont des éléments qui n’invalident que trop tardivement la performance d’un « système d’entraînement » (processus).

Heureusement, les processus de la performance ne sont pas une voiture de F1 ! Je me contredis ?…
Mais non ! Ils fonctionnent de façon analogue, mais la différence est essentielle :
Là, où il y a une fatalité du « bon moment au bon endroit » pour le pilote de F1 qui n’intervient jamais dans la conception de sa voiture.
Pour chacun de ces  acteurs : fédération, staff, entraîneur et athlète, il est accessible chacun à son échelon, par une connaissance et un apprentissage simple de ces processus, par des actions pragmatiques et « terrain » sur chacun de ces processus, de construire, d’entraîner et de piloter une « voiture » compétitive, une « voiture » adaptée a l’athlète, une « voiture » qui peut gagner.

Pour finir
Ces derniers mots sont…
- Pour tous les athlètes qui pensent : qu’ils sont nuls, qu’ils n’y arriveront jamais, que tout est de leur faute, qu’ils ne sont pas faits pour la compétition… Apportez votre voiture au contrôle technique !
- Pour tous les entraîneurs qui se plaignent : des résultats de leur athlète, de leur manque d’engagement et d’effort, de leurs critiques… C’est aussi votre voiture, accompagnez-les au contrôle technique !
- Pour tous les deux, quand on a l’habitude d’une voiture, on n’a pas trop envie d’en changer. C’est vrai. Mais n’attendez-pas qu’elle tombe en panne. C’est très facile de la réviser ou de la réparer. Nous avons de très bons outils !

Le titre de cet article était « Qui a gagné ? ». J’espère y avoir répondu.

R.A.

Diagnostic Performance Individuelle

Formation des entraîneurs

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Publié dans Formule 1  
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