PARIS – ROUBAIX, LE TRIANGLE DE LA PERFORMANCE

Publié le 12 avril 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : EMOTIONS
Composante mentale : CONCENTRATION
PARIS - ROUBAIX, LE TRIANGLE DE LA PERFORMANCE

Séquence
11 avril 2010, 108ème édition de Paris – Roubaix, certainement une des plus belles classiques du cyclisme.

Faits visibles et rapportés
1. Le duel Fabian Cancellara – Tom Boonen vécu une semaine plus tôt lors du Tour des Flandres, s’annonce être l’affiche de ce 108ème Paris – Roubaix
2. Peu avant le secteur pavé de Mons-en-Pévelle, Fabian Cancellara porte une attaque « en facteur » et s’en va affronter 50 kms de Contre-la-Montre solitaire…
3. Fabian Cancellara gagne
4. Tom Boonen termine à la 5ème place
5. Fabian Cancellara a remporté une semaine plus tôt la classique de Tour des Flandres, ce qui fait de lui le 8ème homme à réussir le doublé,

Notre sujet
Comment décrypter les faits de course qui ont conduit à la victoire de Fabian Cancellara ?

Décryptage
Les faits sont peut-être plus détaillés et complexes qu’ils ne le paraissent…
Ne nous arrêtons pas aux seuls constats réducteurs « Spartacus est un extra-terrestre », « Dans l’effort solitaire, Cancellara est imbattable », ou plus facile encore « Les coureurs derrière lui n’ont pas voulu collaborer »… Pas voulu collaborer ? N’est-ce pas déjà là un début de piste de réflexion ?… Une mauvaise décision de Tom Boonen, peut-être mais pour quelles raisons ?…
Les faits semblent être stratégiques et tactiques, l’épreuve de force entre les 2 hommes a débuté largement en amont du secteur de Mons-en-Pévelle.
Retrouvons-les de manière ordonnée et chronologique :

- Les accélérations se sont multipliées bien en amont dudit secteur (environ 30 kms plus tôt)
- Les 2 hommes se sont affrontés de manière directe au travers d’attaques successives et violentes, obligeant l’autre à répondre et à se découvrir,
- Une attaque a été portée par des « seconds couteaux ». N’y voyez-là aucune allusion vexatoire, nous connaissons la valeur de ces derniers mais reconnaissons les rôles de chacun,
- Tom Boonen, pendant cette phase de « flottement », a commis une erreur de marquage en redescendant de quelques places,
- Fabian Cancellara, resté à l’avant du groupe d’hommes forts, porte une accélération masquée, « en facteur », et créé un écart d’une dizaine de secondes,
- Tom Boonen, piégé, tergiverse, hésite, tarde à décider… Les hommes qui l’accompagnent semblent attendre le choix de Boonen…
- Le groupe d’hommes forts se retrouve à 30 secondes de Cancellara, devenu leader,
- Le groupe de poursuivants ne s’unit pas, abdique immédiatement et ne cesse de perdre du terrain jusqu’à 5 kilomètres de l’arrivée,
- Fabian Cancellara gagne !

Les questions sont déjà plus intéressantes…
Quelle erreur a pu commettre Tom Boonen en terme de placement ?
Fabian Cancellara a-t-il été irrésistible dès son attaque masquée ?
Tom Boonen était-il « cuit » et dans l’impossibilité de porter un effort solitaire ou accompagné immédiatement après l’attaque de Fabian Cancellara ?

Mécanismes
Nous sommes ici face à un exemple particulièrement intéressant pour les écoles de cyclismes, les pôles et certainement une grande partie de coureurs professionnels.
Nous sommes face à un cas d’école du Triangle de la Performance : ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION.
Intéressant car il y a plusieurs enseignements dans cette passe d’armes :
1. La position de Tom Boonen lors du démarrage de Fabian Cancellara
Tom Boonen comme Fabian Cancellara ont été sollicités lors des différentes attaques précédant le secteur de Mons-en-Pévelle. Tous deux ont de toute évidence produit différents efforts violents qui ont entamé leur potentiel énergétique. Une hypothèse, à notre sens fortement probable, consiste à écrire que la disponibilité énergétique de Tom Boonen a été fragilisée par ces efforts, laquelle disponibilité énergétique affaiblie a fragilisé le triangle de la performance. Tom Boonen a donc par conséquent et plus facilement qu’à un autre moment, commis une erreur de concentration : il a lâché la roue de Fabian Cancellara, lequel avait peut-être finement préparé et appliqué cette tactique.
2. L’attaque de Fabian Cancellara
Préparé, attentif aux faits de course, fin tacticien, le suisse a immédiatement observé l’attitude de Tom Boonen. Peut-être d’autant plus facilement qu’il attendait cette situation.
De manière opportuniste, il a donc analysé la situation et pris la décision de porter son accélération. Pour notre part, il semble évident que cette situation, provoquée à 50 kms de l’arrivée, n’est de loin pas le résultat du hasard mais celui d’une tactique réfléchie… Spartacus a su rester concentré après la passe d’armes entre les deux hommes, d’autant plus facilement qu’il était l’artisan de la scène qui se jouait, qu’il était à la manoeuvre, acteur.
3. L’attitude du groupe de poursuivants
Il est à notre sens erroné de réduire l’attitude du groupe à la seule hypothétique suprématie physique de Fabian Cancellara.
Reprenez le triangle de la performance !… ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION
Les faits de course nous ont montré que les poursuivants en avaient « encore dans les jambes » à l’arrivée. Et s’ils étaient fluides et performants quelques minutes avant le démarrage, ils ne peuvent avoir tous et simultanément baissé de régime. Croyez-vous sincèrement qu’une dizaine de coureurs de haut-vol, outsiders de l’épreuve 2010, unis et solidaires, soient incapables de combler l’écart sur un homme seul ? La piste ENERGIE n’est donc pas à privilégier, d’autant plus qu’ils n’ont jamais essayé… Alors ? Alors quelle peut être l’explication ? Les EMOTIONS et la CONCENTRATION semblent être les composantes mentales qui n’ont pas été performantes.
Souvenez-vous… EMOTIONS adaptées + support de CONCENTRATION adapté = décision adaptée
Les coureurs leaders du groupe d’hommes forts (parmi lesquels Tom Boonen) mais à l’exception de Hoste reconnaissons-le, ont vraisemblablement basculé vers une émotion « négative » dès la prise de conscience du départ du Suisse. Incapables de « Zapper » (technique mentale destinée à retrouver l’émotion désirée), ils n’ont pu individuellement retrouver l’émotion qui favorise leur performance et n’ont pu ensemble créer une « bulle collective » de synchronisation. Qu’ils aient ressenti leurs jambes comme étant moins fluides à ce moment de la course est une hypothèse vraisemblable, mais comme étant la conséquence d’une gestion émotionnelle déficiente est une explication plus cohérente.
Un autre aspect porte sur la CONCENTRATION. Fabian Cancellara ayant gagné le Tour des Flandres une semaine à plus tôt en produisant à cette occasion déjà un effort loin de l’arrivée, l’homme étant réputé être un excellent rouleur et capable de démarrer de loin, le cas de figure était hautement probable. Quelle était la tactique élaborée par les managers de la Quick Step avant la course ? Quelle était la consigne en cas de démarrage du Suisse dans de telles conditions ? 2 hypothèses : la tactique ne prévoyait pas ce cas de figue ou alors elle le prévoyait mais Tom Boonen et les autres coureurs avaient une lucidité amoindrie due à une gestion émotionnelle déficiente.
« Qui perd le contrôle émotionnel perd le combat » selon le psychologue du sport Jim Taylor, il semble bien que le cas se soit présenté aujourd’hui ! La preuve que l’énergie ne suffit pas…

Questions
Quel était l’objectif de Tom Boonen lors de Paris – Roubaix 2010 ?
Quelle était la tactique définie en cas d’attaque de Fabian Cancellara à 50 kms de l’arrivée ?
Quelle a été l’émotion ressentie par Tom Boonen lors de l’attaque de Fabian Cancellara ?
Sur quel champ d’attention était fixé Tom Boonen lors de l’attaque de Fabian Cancellara ?

Précautions
Les seuls faits «  visibles » ou rapportés ne suffiront jamais à créditer la véracité et la pertinence de ce décryptage.  Ce n’est qu’un éclairage différent et spécifique.
Il a sa propre réalité objective :
Un avis, pas un jugement
La conscience de ne pas connaître la totalité des informations
Le plus grand respect pour les personnes concernées

Le mot de la fin
« Qui perd la maîtrise émotionnelle perd le combat ! »… C’est si souvent le cas.
Merci aux coureurs de ce Paris – Roubaix d’avoir créé et joué la scène bien réelle de notre exemple du jour !
Nous souhaitons aussi que cette courte séquence vous permette de comprendre qu’il est possible de modifier et d’améliorer cet aspect important de la performance, le Mental.
Une raison de plus pour aller au delà de la seule ENERGIE, pour explorer la dimension mentale.
Belle route à tous !

Sylvain BASSET

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Publié dans Cyclisme  
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