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Séquences
Première et deuxième journées de la Ligue des Champions.
Mardi 15 septembre, Stade Vélodrome : OM : 1 – Milan AC : 2.
Mercredi 30 septembre, Stade Santiago Bernabeu, Réal Madrid : 3 – OM : 0.
Faits « visibles » et « rapportés »
1. Du côté des vainqueurs tout d’abord, deux hommes, Filippo Inzaghi et Cristiano Ronaldo. Deux occasions franches auront suffi pour marquer chacun deux buts et ainsi se distinguer par cette capacité à influer sur le cours d’un match même si leur présence ou leur forme sur le terrain n’étaient pas des plus resplendissantes.
Appelée aussi… Réalisme ?
2. Du côté des vaincus maintenant, deux mots, concentration et inattention. Deux maux qui ont ouvert les portes et confronté les Marseillais à l’efficience du haut-niveau Européen. Et ces sensations « d’avoir tout donné », « de mériter beaucoup mieux », « de se faire avoir à chaque fois », « de grosse frustration et déception ».
Appelée aussi… Manque d’expérience ?
3. La réaction de l’entraîneur marseillais, Didier Deschamps : « Dans le haut-niveau, il n’y a que le résultat qui compte. »
Notre sujet
Après le premier match Didier Deschamps a salué le « réalisme italien » en ajoutant que « (…) c’est cette force et cette expérience qui ont fait la différence ».
Avant le deuxième match, Fernando Morientes (attaquant marseillais) déclara : « si nous avons des problèmes de concentration, cela nous sera fatal ».
Dans le haut-niveau, il y aurait des facteurs autres que technique et physique pour GAGNER ?!
D’un côté le réalisme, de l’autre l’inattention. Appelés aussi « petits détails qui font la différence » :
Réalisme et concentration mode d’emploi ? Sont-ils si éloignés l’un de l’autre ?
Fausses pistes
n°1 : « C’est culturel, le réalisme c’est Italien ! » Il est au football ce que Barilla est aux pâtes, une marque de fabrique !
n°2 : « C’est toujours le plus fort qui gagne, il n’y a rien à faire ! »
Je ne pense pas qu’il est besoin d’être le plus fort (physiquement, techniquement…) pour gagner un match.
Même plus faible dans certains secteurs, savoir profiter d’une seule faiblesse de l’adversaire peut faire la différence.
Approche possible
Définissons tout d’abord ces deux termes, concentration et réalisme.
Concentration : La concentration est une composante mentale, une capacité de commande nécessaire aux athlètes pour surmonter dans un premier temps, certaines difficultés internes : états d’excitation, émotions, fatigue et conflits. Mais également faire face à des obstacles extérieurs : déstabilisation d’adversaires ou de spectateurs, conditions de compétitions particulières et actions complexes ou difficiles.
Elle peut être définie comme une capacité à être présent « ici et maintenant » et être capable de percevoir avec la plus grande lucidité le champ restreint de la perception d’une action efficace en éliminant tous les autres stimuli.
Si les observateurs et les acteurs marseillais désignent l’inattention comme un des éléments déterminant de ces défaites, il serait intéressant d’approfondir cette analyse en se demandant si ces moments de « déconcentration » proviennent de difficultés internes ou d’obstacles extérieurs. Et à quels moments du match surviennent-ils.
Réalisme : Le réalisme lui est un terme particulier, outre la littérature et la peinture, « être réaliste » est décrit par le langage courant comme le fait d’avoir uniquement des préoccupations concrètes. Et dans le sport et le foot en particulier ; être concret c’est Gagner !
Donc pour le football, première préoccupation : il ne faut pas prendre de buts. Mais ce n’est pas suffisant pour gagner, deuxième préoccupation : la moindre erreur de mes adversaires est sanctionnée immédiatement par un but.
Le réalisme peut donc se définir comme une double compétence :
1- Une défense solide qui ne commet aucune erreur durant 90 minutes.
2- Une attaque sachant concrétiser en but la moindre erreur de l’adversaire durant 90 minutes.
Ne pas commettre d’erreurs préjudiciables et savoir utiliser immédiatement les erreurs adverses démontre outre les capacités techniques et physiques, que le « réalisme » nécessite une présence de tous les instants (attaquants et défenseurs) et donc de compétences de concentration efficace de l’équipe et/ou de certains joueurs clés.
Tiens, le réalisme milanais ou madrilène face aux erreurs d’inattentions marseillaises ne me semble pas si éloignés…si différents ?
Décryptage
Marseille n’a pas mal joué, Marseille a montré certaines capacités :
- capacité à faire face délibérément à d’importants obstacles (Milan et Madrid) : VOLONTÉ
- capacité à se battre contre des angoisses (enjeux) : COURAGE
- capacité à poursuivre l’effort malgré la difficulté (être mené au score, arbitrage…) : PERSÉVÉRANCE
Durant une mi-temps, comme l’entraîneur le leur avait demandé, les Olympiens ont été concentrés et appliqués, ils ont su jouer en équipe. Mais cela n’a pas suffi…
- demi-secondes d’inattention transformées en buts : CONCENTRATION déficiente
- erreurs survenues surtout en deuxième période : ENDURANCE de CONCENTRATION faible
- adversaires qui concrétisent immédiatement le moindre faux-pas : CONCENTRATION efficace
- adversaires qui font très peu d’erreurs durant 90 minutes : ENDURANCE de CONCENTRATION forte
Rappelons-nous le propos de Fernando Morientes avant le deuxième match, : « si nous avons des problèmes de concentration, cela nous sera fatal ».
Il avait vu juste…
Cette analyse ne semble pas être évidente dans le championnat français mais elle l’est dans le contexte spécifique des matches de la Ligue des Champions. Ce dernier contexte (révélateur) nous apporte quelques pistes supplémentaires :
1- Logique, le niveau des individualités et du collectif du championnat français confronte moins les Olympiens aux compétences de réalisme des joueurs et équipes de la C1
2- Intéressant, à partir d’un certain niveau d’exigence, des compétences (mentales), comme la concentration, non optimisées deviennent très vite des facteurs de défaite ou de mauvaise performance
3- Étrange, cette concentration déficiente est plutôt nommée comme un manque d’expérience du haut-niveau ou de « petits détails qui font la différence »
4- Fatalisme alors… La concentration est une compétence empirique du haut-niveau, on n’y peut presque rien
Et pourtant…
Mécanismes
… Il s’agit de tactique et de stratégie sportive.
Une stratégie ou tactique de jeu ne peut être établie que sur la base complémentaire de trois facteurs : des fondements techniques, des capacités physiques et des capacités mentales disponibles. La tactique sportive se fonde donc sur des habiletés techniques, des capacités physiques et des compétences mentales et a pour objectif un comportement optimal en compétition grâce à l’utilisation de toutes ces capacités.
Quel sens aurait l’ordre de « marquage individuel » si l’adversaire est supérieur en vitesse et en endurance ? Et alors, comment la consigne « restez concentrés jusqu’ au bout !… » pourrait-elle être exécutée sans les savoir-faire techniques et apprentissages correspondants ?
La tactique est un comportement concret, réglé sur la propre capacité de performance de chaque joueur, sur celle des adversaires ainsi que sur le contexte environnemental.
Elle est organisée par l’entraîneur et conduite par les joueurs. Préparée avant la compétition, adaptée si possible pendant le match et peut-être réorientée ou réaffirmée durant la mi-temps.
Si la concentration a été identifiée comme faiblesse principale de l’OM durant ces deux matchs de Ligue des champions, le manque d’expérience du haut-niveau n’est pas la seule explication.
Dès lors, voici le bilan non exhaustif qu’il nous est possible d’amorcer :
1. Certains joueurs n’ont pas encore acquis les savoir-faire techniques et apprentissages d’une concentration et endurance de concentration optimisée.
2. Les consignes de jeu n’ont pas été suffisamment précises sur ce point, ou si elles l’ont été mais sans succès, se reporter alors au 1.
3. Des difficultés internes ou obstacles extérieurs (cf. approche possible) ont parasité ces consignes, sa mise en oeuvre et n’ont pas été correctement gérées, se reporter alors au 1.
Alors… « Quid » de l’apprentissage de stratégies, techniques et outils spécifiques aux compétences mentales, ici pour la concentration : Comment, avec qui, qui, quand ? Rendez-vous dans un prochain article…
Le pourquoi ne me semblait là pas nécessaire, il remettrait en cause la pertinence de cet article !
Conclusion
Comme le dit avec beaucoup de réalisme Didier Deschamps « Dans le haut-niveau, il n’y a que le résultat qui compte. », mais ce qui compte le plus c’est de comprendre et apprendre d’un résultat (défaite ou victoire).
Alors de la force de l’un (le réalisme), et de la faiblesse de l’autre (la concentration), il n’y a, on l’a vu, pas beaucoup de différence significative.
Pour l’un une force acquise par une expérience compétitive au plus haut-niveau et/ou des apprentissages opérationnels spécifiques. Pour l’autre, une étape à franchir, soit en attendant l’expérience, ou alors en la catalysant par un travail ciblé et spécifique aux compétences mentales.
Juste une histoire de force et de faiblesse.
Une histoire qu’il faut bien avoir lue avant d’en tourner la page…
R. A.
Publié dans
Football
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