L’ATHLETE DE L’ENTREPRISE, SON STRESS, SA PERFORMANCE

Publié le 26 mai 2011 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : ENVIE CONCENTRATION EMOTIONS ENERGIE RAISON D ETRE

L'ATHLETE DE L'ENTREPRISE, SON STRESS, SA PERFORMANCE

Stade ( !)
Une fois n’est pas coutume, posons notre regard sur un stade différent, un stade rempli d’enjeux, d’hommes et de femmes, d’adversaires, de défis ou d’objectifs, de performances et de désillusions… Un stade différent mais tellement semblable.
Car le sport n’est de loin pas l’unique théatre de la performance, et les athlètes ne sont pas seulement en short (!)… mais bel et bien souvent en tailleurs et costumes…
Nous parlons bien évidemment du stade de l’entreprise et de ces acteurs que sont les managers, responsables en tous genres et employés, des acteurs aux attentes complémentaires ou opposées, collectives et individuelles, des acteurs en quête de progrès…

Faits globaux – tendance de fond
Dans les entreprises…
Un objectif toujours affiché : la performance, souvent représentée par une quête de productivité, une progression du nombre et du niveau de résultats en un minimum de temps…
Un  levier toujours actionné : la motivation, ou l’art de savoir créer l’envie, avec son cortège de recettes miracles pour entretenir la flamme à n’importe quel prix…
Une phénomène généralisé : le stress, ou ce qu’il est convenu d’appeler ainsi, avec son flot de conséquences et de décrets qui obligent les entreprises à lutter pour enrayer ce fléau…
Un discours qui se démocratise : « y’en a marre de cette boîte à la .., personne n’apprécie ce que je fais, j’en fais beaucoup trop pour ce que j’en retire »…

Faits détaillés – concrètement
Le stress…
Selon travaillersanté.fr, le stress entraîne les phénomènes suivants au demeurant fort logiques au regard du modèle des 5 composantes mentales :

- une baisse des performances et de la productivité,
- une dégradation du climat social, une hausse de l’insatisfaction au travail, une démotivation des travailleurs et une baisse de créativité,
- une augmentation de l’absentéisme et du turn-over,
- des difficultés de remplacement du personnel ou de recrutement de nouveaux employés,
- des risques accrus d’accidents du travail et d’augmentation des invalidités de courte ou longue durée,
- une augmentation des risques de procès et d’actions en justice intentés par des travailleurs stressés, harcelés ou victimes de violences,
- une dégradation de l’image de marque de l’entreprise.
Les exemples récents de l’actualité d’une grande entreprise française révèlent malheureusement  des situations plus tristes et dommageables encore…

En France, le stress a désormais un coût : le coût de l’absentéisme lié au stress était estimé au minimum à 370 millions d’euros pour les entreprises en 2000 selon l’INRS.
Le coût direct et indirect du stress peut être évalué entre 830 et 1 656 millions d’euros par an, soit 10 à 20 % du budget de la branche accidents du travail/ maladies professionnelles de la Sécurité sociale (source : Agence européenne de sécurité et de santé au travail). Abstrait ? Peut-être… Raisonnons plus concrètement : combien y-a-t-il d’employés dans votre entreprise ? Quel est le taux d’absentéisme de votre entreprise ? Est-il supérieur à 4%, taux considéré comme incompressible ? Selon vous, à quoi est du ce sur-taux ? Combien coûte-t’il par an ? Ne serait-il pas intéressant d’agir plutôt que de le déplorer ou le stigmatiser ?

Sujet
Sans avoir aucunement la prétention de détenir une vérité absolue…
Sans avoir l’audace de généraliser une analyse sur un sujet qui mérite toujours une approche respectueuse et individualisée…
Il nous semble intéressant de partager un regard.
Nous vous proposons une réflexion pratique issue du terrain (et des stades de sport cette fois-ci !) qui, nous l’espérons, permettra  d’ouvrir des pistes…
Vous qui souhaitez jouer la carte de l’Homme, osez ne plus fermer les yeux, osez comprendre pour agir, osez vous poser les questions suivantes :
Qu’est-ce que le stress ? Quels sont les ressorts de la performance ?
Comment lutter contre le stress et favoriser la performance ?

Fausses pistes
La seule motivation…
A l’échelle occidentale, l’interrogation des cadres, managers et employés révèle une tendance toujours plus grande à l’expression d’un ressenti de démotivation, de bras qui se baissent ou de perte d’adhésion à des valeurs ou à un mode de pensée. S’engouffrent dans la brèche béante de multiples vendeurs de recettes toutes plus décalées les unes que les autres pour séduire les DRH : formations, séminaires, conférences, stages commando, week-end à huis clos, intervention d’experts de la motivation… Le désir fort légitime d’entretenir la flamme, ou de soutenir l’effort – ce qui n’a absolument pas le même sens vous en conviendrez -, rencontre de moins en moins de limites éthiques. La motivation, érigée au rang de valeur suprême, ce qui en soi n’est pas condamnable, nous y reviendrons plus tard, semble désormais se positionner comme l’unique valeur parce que nous avons conscience de son importance… et parce qu’elle s’effrite justement à une vitesse alarmante.
L’étude menée par equilibres.pro et mydpi.fr auprès d’un échantillon représentatif d’athlètes de haut-niveau démontre le caractère essentiel de la motivation (ou ENVIE, c’est plus parlant…), mais elle démontre l’impossibilité à faire perdurer la motivation si elle n’est pas corrélée à l’existence d’objectifs porteurs de sens. L’ENVIE, c’est notre capacité à identifier et organiser nos objectifs : c’est donner une direction et une intensité d’effort dans le temps (court, moyen et long terme) et dans notre « espace vie » (famille-amis, profession-études, sports-loisirs, …), c’est notre capacité à surmonter les obstacles et à poursuivre durablement nos objectifs à la condition qu’ils soient porteurs de sens. Dans l’observation de la situation, il y a un enseignement intéressant : l’entreprise est très souvent consciente du fait qu’elle joue un rôle clé dans l’ENVIE de ses collaborateurs. Mais les objectifs sont-ils organisés de manière cohérente ? Sont-ils organisés dans le temps ? Prennent-ils en compte la globalité de l’individu ? Sont-ils porteurs de sens pour chacun ? Les objectifs SMART issus des manuels de management ont fait leur temps, voici venue la nécessité d’introduire la dimension humaine au sens noble du terme, non pas par idéalisme béat mais par simple souci d’efficacité.
La motivation est corrélée à l’existence d’objectifs porteurs de sens.
La seule lutte contre le stress…
Lutter contre le stress, c’est déjà un échec, c’est déjà trop tard, c’est une course perdue d’avance si l’objectif est ainsi formulé…
N’est-il pas plus efficace, enthousiasmant, engageant et « sexy » que de lutter pour la fluidité ?
N’est-il pas plus intéressant de favoriser la confiance intrinsèque d’un individu ?
Simple jeux de sémantique ? Pas si sûr…
L’athlète des stades ne trouve pas le relâchement à l’idée de l’erreur qu’il espère ne pas commettre, beaucoup plus à l’idée du geste juste et fluide.
Enfin, selon notre expérience, 80% des personnes qui font appel à un coach formulent le besoin d’apprendre à gérer le stress. Preuve s’il en est que le terme stress est devenu le tiroir « fourre tout » qui cache pourtant des origines bien différentes et parfois opposées.
Lutter contre le stress, c’est soigner le symptôme en introduisant des techniques palliatives agréables certes mais tant éloignées des causes…
Le stress, c’est effectivement une « porte d’entrée » vers l’individu mais aucunement une fin en soi.

Définitions et pistes de réponses
Certains psychologues un brin provocateurs affirment que le stress n’existe pas puisqu’il n’a de réalité que celle que vous lui donnez !
La phrase a au moins le mérite de titiller votre curiosité…
Profitons-en pour apporter une précision sur les différents types de stress, si toutefois le terme « stress » mérite d’exister (!)

Le stress de sur-pression résulte de l’écart entre des objectifs perçus comme trop élevés en regard des capacités perçues…
Le stress de sur-pression n’est pas un manque d’ENVIE mais au contraire une ENVIE trop forte en regard des capacités perçues…
Augmenter encore les objectifs, c’est accroître le déséquilibre et favoriser les comportements de panique et de perte de lucidité, c’est dégrader la performance.
La solution : diversifier et réduire le niveau des objectifs pour redonner de la fluidité et soutenir la performance.
« On ne fait pas pousser une fleur en tirant sur sa tige !…

Le stress de sous-pression résulte de l’écart entre des objectifs perçus comme trop faibles en regard des capacités perçues…
Le stress de sous-pression n’est pas un manque de ressources mais au contraire la désactivation progressive des ressources pour cause d’objectifs inadaptés et d’ENVIE réduite…
Attendre que l’athlète s’enthousiasme, c’est lui mentir et sciemment entraîner la désactivation de ses ressources, c’est ce qu’il est convenu d’appeler « placard ».
La solution : augmenter le niveau des objectifs pour redonner de la fluidité et favoriser un retour à la performance.

La fluidité résulte de l’équilibre entre les objectifs perçus et vos capacités (plus exactement un très léger avantage à l’objectif si l’on est puriste !)
La fluidité n’est pas un résultat (l’athlète de haut-niveau n’est pas fluide après la médaille, il l’était déjà bien avant la compétition), c’est au contraire sa cause…
Attendre que l’athlète trouve seul sa fluidité, c’est un leurre, c’est espérer que le système trouvera seul son équilibre et performera.
La solution : l’entreprise est un ensemble de niveaux hiérarchiques et transversaux qui se doivent de communiquer pour favoriser la fluidité en coordonnant au mieux les ressources présentes, les objectifs et les perspectives d’évolution.

modele mental

Décryptage
Ne nous contentons pas d’énumérer des fausses pistes qui finalement sont assez évidentes et logiques, interrogeons-nous sur les facteurs de la fluidité et de la confiance. Le monde du sport nous vient ici en aide pour modéliser la performance…
Car les athlètes des stades de sport ? Comment font-ils pour « gérer le stress » et produire la performance ?…
Ils font parfois les mêmes erreurs, reconnaissons-le humblement ! Ils font que certains entraîneurs luttent en permanence pour entretenir la flamme de l’athlète ou tout du moins pour qu’il continue à se rendre à l’entraînement, chaque jour tout aussi assidûment et le plus longtemps possible. Jusque là tout semble identique, jusque dans la frontière ténue entre envie et astreinte… Jusque là seulement car les meilleurs ont compris une toute autre dimension… Le domaine du sport de haut-niveau a depuis quelques années intégré la nécessaire prise en compte de l’individu dans sa globalité pour performer, il a également intégré le fait que si la motivation est essentielle, elle ne peut perdurer que si les 4 autres composantes mentales sont optimisées : RAISONS D’ETRE, ENERGIE, EMOTIONS et CONCENTRATION.
L’étude réalisée par mydpi.fr auprès d’athlètes de haut-niveau dont différents médaillés aux J.O. de Pékin démontre ainsi, sans aucune équivoque, que l’ENVIE est certes le moteur du mouvement mais qu’elle ne peut en aucun cas être traitée indépendamment des autres composantes. La performance résulte de notre capacité à gérer les 5 composantes mentales représentées dans le modèle. Mieux encore, l’étude et l’expérience du terrain démontrent le lien étroit et direct entre les 2 composantes RAISONS D’ETRE et ENVIE : sans RAISONS D’ETRE solides (sans estime de soi si vous préférez), pas d’ENVIE possible… Si les RAISONS D’ETRE sont évaluées à un niveau inférieur à 3 sur une échelle de 5, dynamiser l’ENVIE devient illusoire, ce qui laisse songeur à l’idée des sommes englouties dans cette direction…
Si l’activité professionnelle n’est pas porteuse de SENS aux yeux de l’individu, il ne sera pas possible que l’ENVIE perdure. Bien au contraire, si l’individu a des RAISONS D’ETRE fragilisées ou un socle affaibli (athlètes de l’entreprise qui sacrifient les autres secteurs de leur vie : famille, amis, sport et loisirs ou athlètes de l’entreprise qui se trouvent isolés, dévalorisés ou écartés), l’ENVIE n’a aucune chance de se développer ni même d’exister. Se créé ainsi le cycle suivant : déploiement d’une ENERGIE démesurée et sollicitation EMOTIONNELLE intense pour répondre à des objectifs qui n’ont aucun sens à ses yeux. La suite n’est que logique : décisions inadaptées, perte de repères, discours systématiquement négatif, renoncement, fatigue, tensions, maladies, absences… et apparaît dans ce contexte l’explication suprême : c’est le Stress !
Y a-t-il une  »morale à l’histoire ?… Certainement ! Il y a au minimum des exemples à visiter : les nations telles que la Chine jouissent d’un vivier illimité d’athlètes et adoptent la stratégie du consommable : elles sollicitent une dépense énergétique chez un grand nombre d’individus et sélectionnent les meilleurs sur la base de leurs résultats, c’est la stratégie de la pyramide. Connaissez-vous un athlète chinois pérenne et capable de reproduire des performances de haut-niveau pendant plusieurs années ? A l’inverse, les nations aux viviers limités ont compris (pas toujours reconnaissons-le) la nécessité de travailler « dans le cylindre », c’est à dire d’individualiser la préparation et le suivi pour favoriser la performance et la reproductibilité, le biathlon français en est un exemple intéressant). A chacun sa stratégie, mais si le développement du savoir-faire est essentiel à l’entreprise, il n’y a d’avenir que dans la prise en compte de l’Homme… et de ses 5 composantes mentales dès le départ, avant que les problèmes ne surgissent. Ou alors vous ne ferez que panser les plaies, soigner le stress comme l’on soigne les blessures, mesurer l’absentéisme comme l’on visite l’infirmerie…
La performance résulte de la capacité de chacun à maîtriser les 5 composantes mentales RAISONS D’ETRE, ENVIE, ENERGIE, EMOTIONS et CONCENTRATION.
Les 5 composantes sont évaluables et il est possible d’agir efficacement pour les améliorer.

Mécanisme résumé
La performance de l’entreprise résulte de la performance de l’Homme (si vous n’y croyez pas, nous ne pouvons rien pour vous !),
La performance de l’Homme résulte de sa fluidité…
Sa fluidité résulte de sa capacité à maîtriser les 5 composantes mentales RAISONS D’ETRE, ENVIE, ENERGIE, EMOTIONS et CONCENTRATION.

Lutter pour la fluidité,
C’est mettre en place des indicateurs rigoureux sur les 5 composantes mentales,
C’est mettre en place un pilotage qui permet la décision et l’action,
C’est former les managers aux basiques du coaching et de la préparation mentale,
C’est considérer les 5 composantes mentales et non plus la seule motivation,
C’est introduire les indicateurs de fluidité dans le cadre de l’entretien annuel,
C’est fixer des objectifs porteurs de sens lors de l’entretien annuel,
C’est renforcer l’adhésion consciente et participative,
C’est favoriser la présence engagée des athlètes de l’entreprise,
C’est encadrer le turn over et assurer le progrès continu,
C’est réduire les risques et miser sur l’avenir,
C’est croire au succès,
C’est placer l’Homme au centre du projet.

Le mot de la fin
Il ne s’agit pas de prôner l’humanisme à tout prix, il s’agit d’ouvrir une voie de progrès pour les entreprises qui misent réellement sur leurs Ressources Humaines…
Il s’agit de redonner de la fluidité à chacun pour favoriser la performance individuelle et collective.
Il s’agit de redonner le sourire pour gagner.

Sylvain BASSET

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