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Séquence
Laure Manaudou annonce sa retraite sportive et glisse l’information sur son avenir de maman…
Faits visibles
Née le 9 octobre 1986, Laure Manaudou est une nageuse de nage libre (200, 400, 800, 1500 mètres), de dos (50, 100 et 200 mètres) et du 4 nages (200 et 400 mètres).
Après avoir brillé, voire étincelé lors des Jeux Olympiques d’Athènes (3 médailles) et lors de différents mondiaux (6 médailles), Laure Manaudou connaît dès 2007 un enchaînement de difficultés qui semblent relever de son besoin de changer d’entraîneur ou de structure d’entraînement.
Les Jeux Olympiques de Pékin s’avèrent être un échec sur le plan sportif (terme employé par Claude Fauquet, alors Directeur Technique National de la natation française) et chacun aujourd’hui se souvient des pleurs de Laure lors d’une sortie de bassin… « Je me demande si ça vaut le coup de continuer !… » s’était-elle écriée à cette occasion répondant à l’excellent Nelson Montfort.
Après avoir rejoint le Cercle des Nageurs Marseillais et laissé planer le doute sur son avenir de sportive de haut-niveau, Laure Manaudou annonce le 18 septembre 2009 qu’elle met un terme définitif à sa carrière. Elle est âgée de 22 ans.
Notre sujet
Philippe Lucas, son entraîneur jusqu’en 2007, était-il le seul à pouvoir « mener » Laure à la victoire ?
Lionel Horter, son entraîneur lors de la (courte) préparation des jeux Olympiques de Pékin a-t-il failli ?
Est-il possible d’analyser la trajectoire de Laure Manaudou au travers des composantes mentales ?
Fausses pistes
L’entraîneur
L’entraîneur joue de toute évidence un rôle majeur aux côtés de l’athlète : il est celui qui accompagne le projet de l’athlète, celui qui apporte son regard extérieur et par la-même favorise l’objectivité des analyses et des décisions à prendre. Mais dans le cas de Laure, combien de fois a-t-on entendu Philippe Lucas parler de l’envie de Laure devenue faible (selon ses termes) ? L’entraîneur doit-il être celui qui lutte au quotidien pour soutenir ou créer de toutes pièces l’envie chez l’athlète ?
Philippe Lucas aurait-il pu maintenir Laure à un tel niveau d’engagement et de charge de travail sans envie ? La réponse a été donnée par les faits…
Lionel Horter pouvait-il remobiliser Laure et « rattraper le temps perdu » ?… Il y a presque réussi (hommage à lui car il fallait être créatif pour encourager Laure sur de nouvelles distances, il l’a fait et c’était une voie très intelligente nous semble-t-il) mais le temps ne se rattrape pas…
Pas sûr donc que l’entraîneur soit la réponse, ou tout du moins il ne peut être la seule réponse…
Approche possible
Considérons le potentiel de fluidité des athlètes de haut-niveau (concept développé par EQUILIBRES.PRO et mesuré dans www.mydpi.fr). Fruit du ratio entre Envie (Motivation) et Raisons d’être (Piliers de vie), le potentiel de fluidité des meilleurs athlètes de haut-niveau met en valeur 3 notions :
1. Sur une échelle de 0 à 5, l’Envie des meilleurs athlètes avoisine la note de 4, ce qui montre la nécessaire motivation de fond
2. Sur une échelle de 0 à 5, les Raisons d’être des meilleurs athlètes avoisinent 3.5, ce qui montre la nécessaire existence de fondations (activités diversifiées au-delà du sport qui contribuent à la stabilité de l’athlète)
3. Le ratio Envie / Raisons d’être des meilleurs athlètes est favorable à l’envie. La balance penche vers l’Envie, logique pour l’entrée en mouvement et la nécessaire fluidité !
Comment Laure Manaudou a-t-elle pu fluctuer autour de ces valeurs pendant sa carrière ?
Décryptage
Il est relativement aisé de concevoir le fait qu’une jeune qui passe sa journée dans un bassin court le risque d’avoir une fondation unique (la natation en l’occurrence). Les parents ou l’entraîneur se trouvent de fait dans la position du « soutien » si l’athlète n’a pas conscientisé d’autres domaines de maîtrise (peinture, bricolage, nature, études…) et qu’il ne leur a pas réservé une place conséquente dans son quotidien.
Il n’y a jamais de miracle ni de hasard, la Gagne est un Projet ! Seul le respect de la règle des 3 piliers (exemples cités ci-dessus) est garante de la pérennité des performances.
Nous prenons le risque de formuler les hypothèses suivantes :
- l’Envie de Laure s’est estompée avec l’accumulation des succès (le rêve réalisé) et l’insatisfaction à ne vivre qu’avec la natation…
- le doute s’est introduit avec les 1ers échecs, d’autant plus fort que les fondations n’étaient pas suffisamment larges pour permettre à Laure de repartir sereinement (n’ayant que la natation, imaginez l’impact des coups, l’effritement rapide de l’Envie et la chute de son estime d’elle-même ! Son édifice entier a été ébranlé, bien logique que Laure ait cherché d’autres voies, d’autres valorisations…)
- Laure a un fort instinct de vie, elle aime la vie avant toute chose : cette intelligence et cet instinct l’ont conduit à changer son contexte de vie pour s’autoriser à repartir et surtout elle s’est autorisée à se créer un pilier ô combien solide : être femme et se placer dans la perspective d’être maman (« ça en vaut le coup !» dirait-elle certainement maintenant !).
Dès que Laure a eu cette conscience nouvelle, cette dimension autre de son être (être maman), elle s’est rendue compte que vivre au-delà de la natation est possible, valorisant même. Il y a ici les Raisons d’être qui augmentent, la stabilité qui rassure et l’estime de soi qui repart à la hausse… La base qui s’élargit et autorise de nouveaux projets, de nouvelles perspectives… Quel joli chemin parcouru ! Laure est « en vie », Laure a retrouvé « l’envie » ! Et quel joli chemin à parcourir encore !…
Et croyez-nous ou non, que Laure décide un jour de re-nager ou non, elle n’a jamais été aussi près de pouvoir le faire…
Mécanismes
Joli constat mais les entraîneurs et athlètes ont-ils moyen d’agir ou mieux, de prévenir ?
La réponse est OUI au travers d’une approche apparentée au coaching. La clé réside dans la capacité de l’athlète à conscientiser ses 3 grands domaines de vie (Sport / Famille / Professionnel), à pleinement prendre conscience de leur importance et à veiller à leur réserver une place dans l’agenda hebdomadaire. Ne vous y trompez pas, à l’impossible nul n’est tenu : « tout miser » sur un seul pilier revient à négliger le fait que le pilier peut être atteint… Et vous savez bien que la vie de l’athlète de haut-niveau est ponctuée de blessures et autres évènements de vie comme tout un chacun qui inévitablement le fragiliseront. Alors autant assurer ses arrières et se nourrir de ces autres domaines pour progresser… Au passage, n’avez-vous pas remarqué que c’est justement après être passé sur une autre activité que vous parvenez enfin à réaliser ce geste rêvé ?… La fluidité réside également dans votre capacité à aborder le sujet sous un autre angle, celui du relâchement…
L’étape suivante consiste à identifier les possibles objectifs dans chacun des domaines et de veiller à leur cohérence.
La suite en devient simple : il ne s’agit plus que de mesurer l’écart entre la réalité et le plan d’objectifs. Moins dure sera la chute, moins grande sera la déstabilisation, meilleur sera le rebond et les mauvaises surprises seront moins nombreuses…
Précautions :
Les seuls faits « visibles » et/ou rapportés ne suffiront jamais à créditer la véracité et la pertinence de ce décryptage. Ce n’est qu’un éclairage différent et spécifique. Il a sa propre réalité objective :
- Un avis, pas un jugement
- La conscience de ne pas connaître la totalité des informations
- Le plus grand respect pour les personnes concernées
Cependant, il nous a semblé ô combien important de partager avec vous le sujet des Raisons d’être chez l’athlète…
Important également d’autoriser un athlète à ne pas figer ses décisions, il est un être humain qui évolue, et c’est justement pour cela qu’il est performant, parce qu’il est capable d’évoluer…
S.B.
Publié dans
Natation
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