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Séquence
Jeux Olympiques de Vancouver, épreuves alpines…
Les équipes de France féminine et masculine ne sont pas parvenues à s’exprimer.
Faits visibles et rapportés
- Lors des dernières Olympiades, diverses individualités françaises sont parvenues à décrocher des médailles,
- Les résultats obtenus en coupe du monde depuis le début de saison ne permettaient pas de prévoir une domination française ou une moisson de médailles mais permettaient d’envisager nombre de places dans le top 10,
- Lors des épreuves de Vancouver, les spécialistes techniciens de l’alpin s’accordent à dire que les skieurs étaient pour beaucoup »sur l’arrière » ou trop prudents,
- Lors des épreuves de Vancouver, nous avons pu observer et analyser les problèmes rencontrés par d’autres athlètes (cf Marie Marchand-Arvier, Marion Rolland…),
- Les médias traditionnels multiplient les interviews avant les courses, entre les manches…
- Un sentiment général de déception se dégage dans le public et l’entourage au sens large,
- Certains athlètes n’hésitent pas à qualifier la situation de « pesante »,
- Marielle Goitschel s’exprime dans les colonnes du Figaro : «Ce qui nous manque, c’est le mental. Il faut apprendre. Psychologiquement, on n’est pas prêt à faire face.»
Notre sujet
Tout d’abord précisons que nous ne nous inscrivons pas dans une démarche polémique, notre objectif consiste bien à aborder les faits d’une manière constructive, d’apporter modestement notre contribution.
Le problème de l’équipe de France de ski alpin serait-il mental ?
Au delà du constat, quelles peuvent être les causes, les pistes de progrès ?
Décryptage
Prenons tout d’abord la précaution de rappeler que la performance sportive repose sur 5 piliers fondamentaux que sont PHYSIQUE – TECHNIQUE – MENTAL – TECHNOLOGIQUE – PROCESSUS. Cette précaution est utile car il sera de toute évidence primordial au sortir des Jeux Olympiques d’analyser le tableau de bord de l’équipe de France pour identifier les indicateurs qui n’étaient pas au vert à l’entame de la compétition et ceux qui ne l’étaient pas pendant… (cf article les coulisses du saut)
Permettez-nous tout de même d’analyser les faits portés à notre connaissance, la face visible de la performance !…
Ces faits montrent combien la fameuse « course d’un jour » n’a pas été maîtrisée, ce n’est pas faire injure que de dresser ce constat, les faits sont là…
Cela signifie-t-il donc que tous les skieurs-euses français ont un mauvais mental ? Un peu comme une marque de fabrique ou de recrutement ?… Cela signifie-t-il que tous les entraîneurs français sont fermés à la dimension mentale ?… Le simple fait de poser la question montre à quel point ce ne peut être cela…
Les praticiens du mental ou les entraîneurs pluri-disciplinaires savent combien le processus type de déroulement du Jour J est essentiel, combien il est le fil conducteur, le support qui permet au judoka d’être pleinement présent pendant ses différents combats, au tennisman d’être présent tout au long du match, au skieur d’être disponible et engagé pendant ses manches… Combien il est aussi le révélateur d’une organisation, la face visible…
Où était-il le processus de gestion du Jour J favorisant la performance ?… Et des indices sans appel… Où était-il dès lors que les interviews inter-manches se multipliaient (avec tous les sujets pièges : adversaires, courses passées, situations hors contexte… tout y est passé…) ? Comment parvenir à une gestion émotionnelle optimisée dans l’attente la seconde manche en regardant les autres skier (peut-être une habitude, mais n’est-il pas possible de faire mieux ?) ?… Comment était intégrée la mobilisation émotionnelle et énergétique dans le « temps pont » inter-manche ? Les hypothèses sont très réduites : ou le déroulement type de la journée de référence n’était pas connu… ou il n’a pas été appliqué… N’allons pas chercher ailleurs ! Parce qu’évidemment l’environnement d’une course telle que celle des Jeux Olympiques varie considérablement par rapport à celle d’une coupe du monde… Et c’est justement pour cette raison qu’il convient de gérer les risques, de prévoir, d’anticiper, de s’y entraîner pendant les courses précédentes… Bien loin de la dernière technique ultra-confidentielle de préparation mentale, certes intéressante, mais sans aucune efficacité sur ce type d’enjeu.
Mais alors pourquoi ? Pour quelles raisons ?… Arrêtons de focaliser sur les athlètes ou les entraîneurs ! A cette échelle, ce n’est plus une problématique d’athlètes, peut-être pas même une problématique d’entraîneurs, c’est une question stratégique, une question de partage de savoir-faire, de gestion de projet, une question de positionnement face au nécessaire changement…
S’interroger sur le mental ? Comment cela s’interroger ? Comment peut-on encore s’interroger ?… Comment peut-on ? Les faits sont là, ils n’étaient pas là ces athlètes que nous apprécions, que nous aimons, ils n’Y ETAIENT PAS, ils n’ont pas pu Y ETRE car ils n’étaient pas équipés, formés… Et vous savez ô combien dans nos lignes ce propos raisonne avec un respect profond, dans le seul but d’apporter notre contribution… La question n’est déjà plus celle-ci, la question consiste plutôt à se demander ce qu’il faudra faire pour que la prochaine fois ils puissent Y ETRE. Le bilan, bien au delà du debriefing, le bilan mensuel, annuel, sur la base du tableau de bord, il faudra le réaliser…
ANALYSER :
- le mode de pilotage des processus pendant la compétition et en général au sein de l’équipe (plannings, responsabilités, alternatives, scénarii…),
- le déroulement type du Jour J à l’échelle de l’équipe et de chaque athlète,
- les compte-rendus des debriefing post-compétition,
- l’intégration de la dimension mentale dans le projet de l’athlète, les indicateurs tangibles à sa disposition,
- les actions de coordination entre les entraîneurs et les responsables chargés de la dimension mentale (formations, plans d’action, entraînements, stratégie…),
- la place accordée à la dimension mentale dans la préparation des jeunes et du haut-niveau,
- l’intégration des dimensions managériale et mentale dans la formation des entraîneurs (chaque pays possède une stratégie différente, le Canada en est un exemple),
- le sens que la FFS donne à cette dimension…
- les objectifs, le rôle, la mission et les résultats du pool des habiletés mentales de la FFS,
- la stratégie de changement conduite par ledit pool…
Car il s’agit bien de cela, il s’agit bien de changement, d’une nécessaire évolution. Il n’y a à notre connaissance aucune raison tangible et objective pour que les techniques maîtrisées par les psychologues et préparateurs mentaux français soient moins performantes que celles des autres pays… mais il y a largement matière à discuter sur la capacité à partager, échanger, conduire le changement. S’il y a matière à discuter, c’est à notre sens ici, sur la conduite du changement, sur la capacité à agir. Si les entreprises font appel à des ressources spécialisées dans ce domaine, c’est bien qu’il s’agit d’un métier, d’une spécialité… qui ne s’improvise pas et qui nécessite expérience et pratique.
Pourquoi donc la dimension mentale est-elle si mal intégrée au sein des équipes de France d’Alpin ? Pourquoi mystifier cette dimension jusqu’à la rendre mystérieuse et inaccessible ? Pourquoi faire croire que le mental, c’est une multitude de techniques que l’athlète ne pourra jamais maîtriser et l’entraîneur jamais comprendre parce qu’il n’est pas un spécialiste du domaine ? Pourquoi faire croire que le Management de collectifs d’entraînements est du ressort de la psychologie et du Médical ? A qui voudra-t-on faire croire que le management et la gestion des risques ne sont pas du ressort des entraîneurs ?…
Peut-on affirmer que la France a investi dans cette dimension ? A qui voudra-t-on le faire croire alors que nos jeunes athlètes n’ont pour la plupart jamais reçu une seule 1/2 journée de formation ou d’entraînement dans le domaine ? Tant que le Mental sera positionné ainsi, il n’y a aucune chance pour que les athlètes s’y investissent, aucune… sauf à l’aborder dans leur coin, « cachés » et de fait non intégré au déroulement de la compétition.
DECIDER :
Il faut décider… Décider la manière d’améliorer ce qui n’a pas fonctionné… Et surtout ne pas se leurrer, dans le monde ultra-compétitif qui est le nôtre, l’enjeu n’est plus seulement de maîtriser la dernière innovation, le « savoir » ne suffit pas… L’enjeu réside dans la capacité d’un système à intégrer les savoir-faire qui le composent… et dans la capacité de chacun à intégrer le savoir-faire de l’autre. Qui a peur ? Qui résiste au changement ? Qui est ouvert-e au changement ?
Une question de choix…
Le mot de la fin
Un ton certes plus incisif, plus incitatif aussi… Les mauvaises langues prétendront que nous avons une ambition commerciale, opportuniste…
S’agit-il de cela ? Nous n’en sommes pas là, nous en sommes à apporter notre contribution à la nécessaire réflexion sur l’organisation à mettre en oeuvre pour le succès d’athlètes qui méritent notre soutien, qui méritent notre remise en question.
Notre souhait est d’apporter notre regard, de ne pas fuir cette responsabilité, c’est notre conviction.
Sylvain Basset
Publié dans
JO VANCOUVER, Ski alpin
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