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Séquence
20 février 2010, Super Géant Féminin des Jeux Olympiques de Vancouver.
Marie Marchand-Arvier sort de la piste de Whistler…
Faits visibles et rapportés
- Marie Marchand-Arvier affichait de grandes ambitions pour cette épreuve
- Lors d’une épreuve de Super-Géant, le temps de reconnaissance de la piste est limité à 1h30
- Marie Marchand-Arvier quitte la ligne « idéale après 30 secondes » de course, ce qui l’a empêché de prendre la porte suivante…
- Après la course, lors d’une interview reprise par les médias, elle apparaît très émue et affectée, triste…
- Déçue et frustrée, elle dit avoir pris trop de risques,
Notre sujet
Quels mécanismes ont pu générer cette erreur de trajectoire ?
Dans quels secteurs investiguer pour tenter de comprendre ce qui s’est produit ?
Approche possible
Toujours soucieux de protéger l’athlète, nous ne prétendons aucunement connaître les causes effectives de cet évènement. Là n’est pas notre ambition. Il est par contre possible de proposer une méthode destinée à « verrouiller »l’enchaînement de faits qui a conduit à l’erreur.
Le debriefing s’impose comme LE recours, avec appui de la vidéo, non seulement à compter du départ mais largement en amont… Pourquoi ? Parce que l’action compétitive résulte du bouclage ANALYSER – DECIDER – MOBILISER – AGIR, et qu’à ce stade rien ne permet de considérer que seule l’action n’a pas fonctionné. Ce serait un raccourci hasardeux. Les informations objectives sont une source très précieuse tant pour caractériser les faits que pour créer la base du dialogue… Le réflexe de filmer en amont, peu usité y compris à très haut-niveau, dote le staff et l’athlète d’une information primordiale sur un levier essentiel de la performance du jour j… Le debriefing suit le principe classique : comparaison du référentiel émotionnel (déroulement type) avec la réalité vécue. Pourquoi comparer la réalité avec la prévision ? Parce qu’aucune réponse absolue ne peut être formulée sur les causes d’un succès ou d’un échec. Le seul axe de progrès tangible consiste à mesurer l’écart entre la prévision et la réalité.
Décryptage
Rappelons tout d’abord les informations à recueillir dans le cadre du debriefing…
1. Horaire : heure / minute / seconde lors des 30 dernières secondes pré-départ
2. Action : que faisait l’athlète, comment se comportait-il ou elle dans le cas présent
3. Activation : quel était l’état d’activation (calme, serénité, excitation, doute…)
4. Attention : quel était le support de l’attention ? (tactique, adversaire, courbe, porte, traces…)
5. Technique mentale : quel outil mental était utilisé et avec quel degré d’efficacité ressenti ?
Il s’agit ici d’un travail qui sera d’autant plus efficient qu’il sera réalisé conjointement par l’athlète, le « technicien » au sens noble et le « coach ou préparateur mental » (si l’athlète le souhaite).
Précisons maintenant les phases qu’il convient d’analyser dans leur détail
La connaissance de la discipline, de l’athlète et de l’erreur commise jouera un rôle primordial.
Concernant l’épisode qui nous intéresse aujourd’hui, quelques phases nous semblent devoir être analysées en priorité :
1. Jours ayant précédé le Super-Géant
L’hypothèse de l’envie trop importante, de champs d’attention orientés vers le résultat (et non sur l’action) est évidemment à analyser. Nous avons largement abordé ce sujet dans l’article relatif à Manuel Osborne-Paradis, nous n’y reviendrons donc pas.
Une autre hypothèse mérite notre attention : l’Influence. Ce processus, connecté au processus JOUR J, approché dans le cadre de l’article « Juges sous influence ? » est essentiel lors d’une course d’un jour. Ce moyen, couramment utilisé dès lors qu’il y a compétition (entreprises, sport…) vise soit à renforcer le coéquipier (influence positive), soit à déstabiliser l’adversaire (influence négative). Cette stratégie a de toute évidence été largement utilisée lors de ces Jeux Olympiques (Vonn en est un exemple !). Il convient de vérifier si Marie Marchand-Arvier a pu ressentir une perturbation due à l’attitude d’adversaires, et dans ce cas identifier si une stratégie d’anticipation avait été élaborée ?
Jour J
Sur la base des rubriques détaillées ci-dessus, il convient d’approfondir les phases suivantes :
1. Reconnaissance : la reconnaissance lors d’un super-géant joue un rôle clé puisque seule cette dernière permet à l’athlète d’assimiler et de mémoriser le tracé. Il convient donc de vérifier le groupe Durée/Action/Attention/Technique mentale sur chaque virage (ou point stratégique du parcours) en prêtant une attention toute particulière à la zone précédant l’erreur. Dans quelles conditions s’est réalisée la reconnaissance ? Les temps nécessaires à l’assimilation des passages stratégiques ont-ils été respectés ? Un élément distracteur est-il venu perturber cette reconnaissance ? L’attention était-elle d’un niveau identique à celle des courses de référence ?… Est-elle ressortie du protocole de reconnaissance en état d’appropriation de la piste ?
2. Echanges : des échanges ont-ils eu lieu entre la reconnaissance et le départ de la compétition ? Si oui, dans quel état émotionnel Marie Marchand-Arvier est-elle ressortie de ces échanges ?
3. Pré-départ : si l’on considère après vérification, que la reconnaissance s’est bien déroulée, il convient d’identifier si un distracteur est venu interagir dans le processus de concentration précédant le départ. Il s’agit d’investiguer la dimension émotionnelle car la génération d’une émotion négative car non prévue dans la routine de concentration a le pouvoir de perturber la concentration et donc de « brouiller la capacité d’imagerie ». Tout peut avoir joué un rôle, les sujets abordés avec des coéquipières, l’attitude des adversaires, une information transmise par un coach… Il est donc important d’investiguer autour de la période d’imagerie mentale ayant précédé le départ : à l’entame de la première séquence d’imagerie, Marie Marchand-Arvier était-elle en état de maîtrise du parcours ? Et à la fin de ces répétitions mentales ? Si la réponse est non, l’athlète a dans les mains un axe de recherche très précieux…
3. 25 1ères secondes de course : si de l’avis des spécialistes techniciens, l’athlète semblait fluide, correctement posée et « dans le coup », il convient toutefois d’effectuer un « check » : dans quel état d’activation Marie Marchand-Arvier a-t-elle entamé son super-géant ? S’est-elle sentie fluide et engagée dans l’action dès l’attaque de la première porte ? Et ensuite ? Son attention a-t-elle été perturbée par un facteur extérieur (pensée, lumière, visibilité…).
4. Les secondes ayant précédé l’erreur sont à fragmenter quasiment au dixième de seconde :
- Physique : douleur ? sensation inhabituelle ?…
- Technique : erreur de positionnement au sortir de la courbe précédant l’erreur ?
- Technologique : problème matériel ? bruit ?
- Mental : trou noir ? parcours mal mémorisé ? distracteur (message flash ayant brouillé la lecture et le choix de la trajectoire ?…), champ d’attention à l’attaque de la bosse précédente…
Vous comprenez plus facilement pour quelles raisons la vidéo et le ralenti de qualité sont précieux, bien en amont de l’épreuve, bien au-delà des images télévisées…Ce que nous avons vu n’est que la face visible, il convient de comprendre le rôle de la face cachée… Pour permettre à l’athlète de clore le chapitre sur une compréhension, lui permettre de se réengager dans l’action avec une information supplémentaire. Il s’est passé quelque chose d’inhabituel et il serait contre-productif que de laisser l’athlète avec le seul addage « C’est la course !… ».
Il ne peut s’agir de la simple problématique d’utilisation ou non d’une technique mentale plus ou mois novatrice, exclusive ou performante… Il nous semble que le processus de gestion du Jour J dans son ensemble mérite une analyse, car sa robustesse n’a pas été suffisante.
Au delà de la performance de Marie Marchand-Arvier, y a-t-il une difficulté en terme de reproductibilité du jour j idéal au sein du groupe France ?…
Une question à considérer avant de focaliser sur une seule athlète…
Le mot de la fin
Si cette rubrique est parvenue à partager des pistes d’investigation, à suggérer quelques supports à une athlète que nous apprécions, alors nous avons atteint notre objectif…
Un solide encouragement à Marie Marchand-Arvier, que la suite soit belle, très belle !
Sylvain Basset
Publié dans
JO VANCOUVER, Ski alpin
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