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Pour être honnête avec vous, nous avions tout d’abord choisi de ne pas écrire sur Marion, sur sa tristesse, sur sa déception, ne pas en ajouter pour alimenter cette spirale infernale.
Pourquoi donc une multitude d’internautes a choisi de se moquer d’une athlète qui a commis une erreur, une simple erreur… et qui aujourd’hui en souffre dans sa chair et plus encore…
Bien-sûr nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants, bien-sûr, c’est évident… Mais notre expérience nous oblige à vous faire part d’un angle de vue différent…
Beaucoup se moquent car ils ne comprennent pas, il en va ainsi de l’espèce humaine peut-être, alors nous choisirons de présenter quelques explications possibles…
Séquence
Le commun des mortels, vous, nous.
Devant notre télévision, dans notre quotidien, au volant de notre voiture, lors d’une compétition sportive, d’une représentation musicale, d’un discours…
Faits visibles et rapportés
Comment cela nous ?… Nous n’avons jamais été dans le portillon de départ d’une épreuve Olympique de vitesse ?!… En soi c’est déjà un élément !
Oui vous, nous. N’avons-nous jamais vu un athlète tomber dès le départ d’une course de cyclisme sur piste ? N’avez-vous jamais vu un rugbyman manquer une réception dès un début de match et entraîner ainsi un essai adverse ? N’avez-vous jamais vu un pilote de Rallye ou de F1 caler au démarrage ? N’avez-vous jamais vu un ippon dès le premier mouvement de judo ? N’avez-vous jamais décidé de prendre une route et d’en prendre une autre sans même vous en rendre compte ?… N’avez-vous jamais débuté un discours et commencé par dire exactement ce que vous aviez décidé de ne pas dire ?… Ne vous êtes-vous jamais coupé-e en ouvrant trop rapidement une boîte de conserve ?…
Notre sujet
Quels sont les ressorts d’une erreur qui semble inconcevable à certains mais pourtant l’est en totalité puisque justement elle s’est produite ?
Quelles peuvent être les origines de cette action ?
Fausses pistes…
Ridicule : en quoi est-ce plus ridicule de tomber à 10m du départ qu’à 100m de l’arrivée ? En quoi est-ce plus ridicule de tomber aux Jeux Olympiques qu’en descendant ses escaliers ? N’avons-nous jamais eu d’accident « bête » ou « ridicule » ? Tout accident l’est, c’est notre réaction naturelle, immédiate… Mais tout accident a ses explications… C’est d’ailleurs ici que le mot « accident » trouve son origine : dans notre incompréhension des causes, dans notre incapacité à mettre des mots sur l’enchaînement des émotions et des actes. Quand cela arrive aux autres, c’est tout de suite ridicule… Quand cela nous arrive, ça l’est tout de suite un peu moins, n’a-t-on pas d’ailleurs le réflexe de dire plutôt « c’est bête » !… Je me trompe ?…
Décryptage…
Tentons simplement ensemble un exercice de style, pour la pure forme, pour partager les multiples hypothèses qui ont pu générer la chute de Marion Rolland ou la nôtre en de multiples occasions. Et pour cela, parcourons les 5 leviers de la performance :
PHYSIQUE : tendons, ligaments, muscles… ont pu être lésés ou blessés, ont pu générer une douleur… Qu’il s’agisse des bras, du dos, des jambes, tous sont potentiellement acteurs de la chute… Il existe un certain nombre de motifs tangibles : fragilité, échauffement insuffisant, blessure non résorbée en totalité…
TECHNOLOGIQUE : skis, fixations, chaussures, bâtons… Tous ont pu soit être défectueux, soit déréglés, soit…
TECHNIQUE : une trace, un positionnement mal adapté, une poussée mal orientée…
Un peu comme si nous avions peur du 4ème paramètre, nous préférons nous moquer, nous moquer pour éluder, comme si c’était être « nul » que de commettre une telle erreur, comme si Marion avait gagné sa place aux Jeux Olympiques lors d’une loterie… Le 4ème paramètre n’est ni une honte ni une tare, c’est un des paramètres de la performance au même titre que les autres, il s’agit bien évidemment du mental. Et n’y voyez pas un gros mot ou une plaie, nous avons tous un cerveau, nous avons tous une commande motrice qui fonctionne en permanence…
MENTAL : avez-vous lu l’article « L’antichambre de la peur » ? » Il vous permettra peut-être de vous faire une certaine idée de ce qu’est un départ de descente ou de super G…
Prenons quelques lignes pour nous rappeler des étapes clés de l’avant départ, de l’avant « Entame » comme nous avons coutume de la citer, souvenons-nous des étapes dans l’heure qui précède le départ, ou tout du moins d’un exemple :
1. H-1 : Rappel de la stratégie, de la tactique et de l’état émotionnel adapté à la performance / Attention large interne
2. M-5min : Image référence performance, rappel objectif de maîtrise (la poussée, la 1ère porte) / Attention large interne
3. H-1min : Mot clé, visualisation du niveau d’activation / Attention étroite interne
4. H-30s : Geste ou mot clé déclenchant l’engagement dans l’action, observation / Attention étroite externe
5. Entrée dans l’Action / Attention étroite externe
Le simple fait de lire ce possible enchaînement nous révèle combien la maîtrise des paramètres de l’action compétitive mérite le respect.
Peut-être Marion n’a-t-elle pas pu/su appliquer son processus de concentration ? Peut-être la charge émotionnelle était-elle trop grande ( »celui qui perd le contrôle émotionnel perd la compétition » – Jim Taylor) ? Peut-être a-t-elle été perturbée par un distracteur dans les 5 minutes qui ont précédé le départ ? Peut-être l’émotion a-t-elle généré un « trou noir » ? Peut-être… Ce qui expliquerait très largement l’erreur technique…
La probabilité est plus que grande qu’un facteur en ait entraîné d’autres…
Et c’est en pro que Marion comprendra certainement ce qui s’est passé.
Souhaitons-nous ajouter une perturbation supplémentaire ou préférons-nous lui laisser la chance d’analyser sereinement cette séquence, la chance de se reposer, la chance de se préparer aux « épreuves » à venir ?
Le mot de la fin
Comme toujours, cette rubrique n’a aucune prétention à détenir la vérité, aucune !… Il s’agit simplement de vous apporter un regard différent, peut-être de vous encourager à oser analyser, comprendre davantage pour progresser et faire progresser les athlètes…
Oser comprendre pour progresser, respecter pour écouter.
Sylvain Basset
Publié dans
JO VANCOUVER, Ski alpin
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