JO VANCOUVER – Marie DORIN « C’EST TROP BIEN ! »

Publié le 14 février 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : ENERGIE
Composante mentale : EMOTIONS
Composante mentale : CONCENTRATION

JO VANCOUVER - Marie DORIN : C'EST TROP BIEN !

Jeux Olympiques de Vancouver, Biathlon, épreuve Sprint Femmes…
Marie Dorin, 1.68m, 23 ans, née le 19 juin 1986, très peu connue du grand public, s’élance parmi les premières concurrentes du sprint…
Connue pour être douée au tir, mais la 1ère à douter de ses armes sur les skis avant le départ…
5 tirs réussis au « couché », 5 tirs réussis au « debout », 7.5 kms de ski de toute beauté, hyper-réguliers…
Un finish « au couteau » jusqu’à la ligne…
Un survêtement, une attente, un espoir d’être « dans les 10″, un rêve s’approche de la réalité, une attente qui se transforme en angoisse, un podium ?…
Ca y est, c’est écrit, pas de 4ème place, pas de place maudite, un podium !
« C’est trop bien ! » dira-t-elle en sautant dans les bras de ses entraîneurs.
Il s’agit de la 1ère médaille française, laquelle lance superbement l’enthousiasme dans le club France, ravit le grand public et notre équipe par la même occasion !

Est-ce réellement une surprise ? Quelles peuvent être les pistes de réflexion pour expliquer et reproduire la recette du succès de Marie ?…

Excluons immédiatement le hasard et la chance ! Les médisants diront sans forcément vouloir être désobligeants que « sur les Jeux tout peut se produire ». Certes oui, tout peut se produire, mais rien ne vient du hasard ! Tout peut se produire et tout se construit !

Attachons-nous tout d’abord à rendre hommage à l’école du biathlon français, plus qu’une école, un esprit, une solidarité, des athlètes et un staff qui fusionnent et savent utiliser les échecs pour grandir et progresser. Un biathlon qui a vu défiler des femmes et des hommes aux multiples succès individuels et collectifs, un biathlon qui a vu défiler les noms de Niogret, Bailly, Poirée, Defrasne, Baverel… et aujourd’hui celui de Marie Dorin. Un biathlon qui s’organise, qui s’entraîne, qui réfléchit, qui farte, qui skie, qui tire, qui gagne !

Et cette course alors ? Qu’a-t-elle réussi à faire Marie Dorin sur ce sprint du 13 février 2010 ? Qu’a-t-elle bien pu réussir à faire que les autres n’ont pas fait ?

Il est évidemment délicat d’avancer une explication complète, mais certainement possible d’apporter des éléments de réflexion…
La fraicheur
Cela semble évident ! Quelle fraicheur et quel plaisir de voir ce petit bout de femme rougir dans l’aire d’arrivée à l’idée que peut-être « ça allait le faire ! ». Cette émotions n’était pas feinte, elle était sincère, profonde… Cette émotion donne une direction et une indication fondamentale, Marie Dorin ne s’est pas élancée et n’a pas skié en pensant au résultat, elle ne s’est aucunement parasitée l’esprit, elle n’a pas « défocalisé », elle est restée centrée sur « son » sujet : l’action, son entame, son pendant et sa conclusion.
C’est un élément clé du succès, Marie n’a fait que penser aux quelques secondes qui suivaient, à ce qu’elle pouvait faire de mieux pendant les secondes à venir tout au long du parcours. Elle dira d’ailleurs s’être reprise à l’entame du dernier tir debout, signe que sentant son attention dériver, elle a su garder la lucidité d’accepter de perdre 2 à 3 secondes pour « ré-entrer » dans son tir. Et ce n’est qu’après l’arrivée qu’elle a commencé progressivement à réaliser la traduction de l’action en un résultat. Respect !
Triangle de la performance
Chacun de vous sait ou devine combien l’exercice du biathlon est délicat en ce sens qu’il impose à l’athlète de combiner 2 épreuves (ski et tir) qui font nécessitent des attitudes radicalement différentes. Les habitués du blog savent qu’il s’agit du triangle de la performance : ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION. Quelle difficulté à gérer le passage de l’état « chaud » du ski (pulsations élevées, effort hyper violent, mobilisation musculaire, ventilation…) à l’état « froid » du tir (rythme cardiaque plus faible, position statique, respiration contrôlée, images de calme, précision…). S’ajoute à cela la composante du profil du parcours, qui ici à Vancouver n’offre que très peu de zones de récupération. Avez-vous détaillé les images de la télévision ? A votre décharge, les réalisateurs s’attardent toujours sur ce qui leur semble être le « coeur » de l’action (pour le saut vous regardez la glisse puis l’envol, pour le patinage de vitesse vous regardez le patineur en piste, pour le biathlon vous regardez le ski et le tir). Mais une des clés réside justement dans la transition entre les 2 actions… Alors ? Alors, il semble bien que Marie a réussi ici à faire ce que beaucoup d’autres n’ont pas réussi à faire : assurer une transition performante. Comment a-t-elle fait ?
Le pas de tir est situé au bas d’un léger faux plat descendant, voici quelques éléments…
- Marie a eu la sagesse de retirer ses bâtons plus tôt que la majorité de ses adversaires pour souffler, s’oxygéner et permettre un abaissement du rythme cardiaque,
- Marie a su adopter la position qui lui convient et qu’elle sait performante à l’approche de sa zone : légèrement penchée en avant pendant quelques secondes,
- Marie a su entrer dans sa « bulle », intérioriser et vraisemblablement enclencher sa mini routine de concentration et son regard ne s’est tourné vers la cible qu’au dernier moment,
- Marie a su tirer dans un temps qui est le sien, soit légèrement plus lent que celui de ses adversaires directs du jour, elle est restée « elle », elle est restée centrée sur son savoir-faire,
- Marie a su, nous l’avons cité plus haut, rester dans l’action de tir jusqu’à son dernier tir ( »il est plus facile de rater que de réussir un tir » dira-t-elle plus tard !)
- Marie a maîtrisé le triangle de la performance, « Je m’y accroche jusqu’à le maîtriser ! » Marie écrit sur son site à propose de la nature, aujourd’hui Marie, tu as maîtrisé !

Je ne sais s’il y une morale à cette histoire, mais si elle existe elle est plutôt belle, et je crois qu’elle se rapproche de ce que Sylvain Guillaume répète parfois : rester centré sur l’action, sur ce que l’on sait faire et le faire jusqu’au bout, rester soi-même sans ce que l’on fait et dans ce que l’on est.

Marie, tu as montré une jolie voie, une superbe voie.
C’est une surprise parce que tu as su ne pas l’attendre, mais cela n’en est pas une car tu as su la construire !
Marie, s’ouvre maintenant une partie que peut-être tu n’as pas anticipée, la partie médiatique, garde la maîtrise du temps et de tes émotions !
J’émets le souhait que tes collègues de l’équipe de France retiendront ce qui a fait ton action, et que toi aussi tu auras l’envie de la reproduire !

Sylvain Basset

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Publié dans Biathlon, JO VANCOUVER  
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