JO VANCOUVER – L’ANTICHAMBRE DE LA PEUR

Publié le 13 février 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : EMOTIONS
Composante mentale : CONCENTRATION

JO VANCOUVER - ANTICHAMBRE DE LA PEUR

Exceptionnel !
Les recherches menées par l’équipe de la-gagne-est-un-projet ont été fructueuses !…
Nous avons retrouvé spécialement pour vous une petite pépite de reportage télévisuel !… Pépite qui montre combien nous autres managers et préparateurs mentaux n’avons rien inventé ! Bernard Russi, en 1974, avait déjà tout compris des mécanismes mentaux et des techniques à mettre en oeuvre pour gérer les émotions ! Un peu long, mais prenez le temps, un régal d’images et de commentaires, une pépite nous vous avons dit !L'antichambre de la peur

LA PEPITE : Émission : Caméra-sport Durée : 22′24 » Date:21.01.1974 Journaliste : Gérald Piaget Réalisateur : Charles-André Grivet

A la question « Quel est le moment le plus désagréable d’une descente ? », les descendeurs répondent en grande partie et sans hésitation « Les 5 minutes qui précèdent le départ ! ». A la question « Qu’y a-t-il de désagréable dans ce moment ? », ils répondent trop souvent encore « attendre ! ».
Intéressons-nous à cette séquence clé, à ce temps hors du temps, à ce lieu mythique désiré et redouté, la « cabane » de départ.
Intéressons-nous à ces 5 minutes pré-compétitives, avant le portillon de départ, ces 5 minutes qui influencent fondamentalement la performance qui va suivre.
Interrogeons-nous…
Quelles sont les phases clés de la journée d’une descente ?
Comment se comporter pendant ces 5 minutes « tout là-haut sur la montagne » ?

Depuis l’aube de la descente (à défaut de l’aube des temps !), les descendeurs ont toujours éprouvé la peur et ils ont surtout pris conscience très tôt des différents niveaux d’attention et d’émotions qui précèdent une descente.
Grand nombre de descendeurs ont très vite ressenti le fait que le « chaussage » des skis permet d’entrer dans un état plus fluide car déjà engagé dans l’action. Bernard Russi et Roland Collombin expliquent dans le reportage, « Le plus important, c’est la dernière heure ! Tu choisis l’émotion, tu choisis si tu veux gagner ou non (…) Tu commences ta concentration. Après avoir chaussé les skis, c’est comme une machine qui commence à rouler, à ce moment-là c’est parti ! L’échauffement, les exercices de concentration… « .

Nous pouvons distinguer 8 phases clé dissociées et personnalisables à gérer entre la veille au soir et l’après-course :
1. Veille au soir – Trajet sur le lieu de la compétition : rappel de la stratégie et de la tactique, des consignes de courses (d’où le rôle capital du briefing)
2. Arrivée sur le site – Echauffement : mobilisation complète et kinesthésique pour favoriser l’entrée dans l’état de référence performance
3. 5 minutes pré-compétitives : appliquer la routine de concentration détaillée ci-après
4. Entame : se centrer sur l’action, seul paramètre contrôlable
5. Pendant : se centrer sur l’action et programmer quelques flashes de check-control (éventuelle ré-orientation de l’action)
6. Conclure : rester dans l’action jusqu’au dernier instant (concentration sur l’action et non sur l’arrivée… : repensez aux chutes en vue de la ligne d’arrivée, résultantes de la « défocalisation » de l’attention)
7. Temps ponts (par exemple inter-manches dans le cas du slalom, du bobsleigh, du sprint, du combiné…) : gérer l’entre deux manches, c’est analyser, décider, puis se remobiliser… Et l’art de « tirer le rideau » sur l’action passée pour se reconcentrer sur l’action à venir n’est de loin pas inné !
Ce concept, développé en collaboration avec Christophe Gagliano, entraîneur en chef de l’équipe nationale de judo du Maroc, est capital, tout particulièrement dans les géants et slaloms ! Combien de courses se sont perdues et se perdent encore entre les 2 manches ?…
8. Après : se distancier de l’action pour réaliser une analyse objective et un debriefing de qualité, seul moyen de capitaliser et de progresser.
Pour chacune des phases, différents paramètres doivent être identifiés et maîtrisés tels que l’action, l’attention, l’activation, la technique mentale…

Quel est donc l’enjeu des 5 minutes pré-compétitives ?
Ces 5 minutes sont capitales, elles déterminent la qualité de l’entrée en action du descendeur et influencent de fait l’action complète de la descente à venir.

Et la peur ?
De manière vulgarisée, chacun de nous pour des raisons diverses peut imaginer la peur qu’il éprouverait s’il se trouvait dans le portillon de départ !!!…
La peur, le trac des 5 dernières minutes cité par les descendeurs du reportage. Cette peur, à l’instar des peurs ressenties par de nombreux athlètes de disciplines diverses, peut être de 4 types : peur de l’échec, peur de gagner, peur de la blessure ou peur situationnelle (la compétition elle-même).
Que ces peurs soient apparentées à une expérience vécue, possible et réelle (chute) ou imaginée, elles ont en commun la capacité à sortir l’athlète de l’action et à l’entraîner sur un champ d’attention qu’il ne maîtrise pas, vers l’inconnu.
Le noeud se trouve justement ici : se laisser entraîner vers la non-maîtrise et l’inconnu ouvre grande la porte au doute. L’impression de perte de maîtrise et de désactivation des ressources apparaît à juste titre (qui est capable de maîtriser l’inconnu ?! Bien évidemment personne n’est à la hauteur !). Seule l’action est maîtrisable. La panique se fait donc jour puisqu’elle résulte de l’écart entre la perception de la tâche à accomplir et les ressources perçues comme disponibles. Et rien ne sert de marteler « n’aie pas peur ! », imaginez que je vous dise « ne pensez pas à un éléphant rose ! »… A quoi pensez-vous ? :-)

Alors, comment éviter la peur ?
Il convient de sécuriser l’approche, de créer un fil conducteur, un socle qui donne à l’athlète un appui favorable à l’entame de la compétition, de la descente.

Quelle stratégie mettre en place ?
La réponse est simple, il convient d’élaborer et d’appliquer une routine de concentration.
Là encore, pas de place pour l’improvisation, le hasard ou que sais-je. Les 5 minutes pré-compétitives sont le résultat d’expériences, de vidéos et de debriefing qui ont abouti à un processus type, valide et efficace. Ces 5 minutes sont évidemment propres à chaque athlète, personnalisées, affinées…
Mais voici un exemple d’enchaînement type pendant ces 5 minutes décisives :
Etape 1 : Rappel de l’objectifs de maîtrise (attaquer, glisser, arriver vite dans le goulet…),
Etape 2 : Tactique d’entame de la descente / Imagerie mentale (Référence performance et fluidité) / Respiration abdominale
Etape 3 : Mot clé et discours interne destiné à atteindre l’état d’activation optimal / Contrôle de l’activation
Etape 4 : Ancrage, geste ou mot clé (pensez aux coureurs qui par exemple tapent leurs bâtons ou touchent leur masque dans le portillon !) / Respiration dynamisante
Vous observerez l’absence de vide, le maintien en contrôle, l’absence « d’attente » et l’attention qui prépare l’action.

Le mot de la fin
Nous n’avons aucune prétention à connaître ou révéler le détail des techniques utilisées par l’ensemble des athlètes.
Notre seul objectif est de vous encourager sur le chemin de la performance et du plaisir !
Un peu à la manière du grimpeur à qui l’on apprend à se concentrer sur les prochains pas à défaut de regarder le vide, il convient d’enseigner au descendeur la création de sa propre routine de concentration, sa « garantie performance et sécurité » !

Regardez, analysez, observez, enregistrez si besoin le comportement des meilleurs dans le portillon !
Julien Lizeroux n’est certes pas descendeur mais il nous a montré à tous la voie lors des championnats du monde de Val d’Isère : son attitude dans le portillon annonçait la performance à suivre, un peu à la manière du Stéphane Diagana des grands jours ! Nous avons tant à apprendre d’eux.

Sylvain Basset

Comment EQUILIBRES.PRO et MYDPI peuvent vous aider sur les sujets abordés
1. Formation JOUR J : mise en place d’un référentiel émotionnel.
2. Formation Imagerie Mentale : maîtriser les techniques d’imagerie mentale.
3. Mydpi.fr : évaluation de vos composantes mentales et plan d’action adapté à votre besoin
4. Conférence les bases de la préparation mentale

Diagnostic Performance Individuelle

Management et préparation mentale pour votre performance

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Publié dans JO VANCOUVER, Ski alpin  
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