JO VANCOUVER – FRANCE – RUSSIE, ECHEC ET MAT ?…

Publié le 21 février 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

JO VANCOUVER - FRANCE - RUSSIE, ECHEC ET MAT ?...

Commençons par saluer la superbe performance de Martin Fourcade, médaillé d’argent qui a su faire plus que saisir sa chance, il a su exprimer son savoir-faire, sa volonté s’est exprimée…
Volonté : capacité à mener une idée ou une action en dépit de l’opposition…

Séquence
Jeux Olympiques de Vancouver, à mi-parcours…
- le tableau des médailles reste désespérément peu rempli pour la fédération de Russie,
- le tableau des médailles grimpe parfois vite…puis reste vierge… puis reprogresse pour la France aujourd’hui avec Martin Fourcade…

Notre sujet
Les commentaires fusent, les plus suspicieux parfois, caricaturaux à outrance : « les Russes étaient dopés », « les Français ne sont jamais là quand il faut », « les Russes sont en perdition », « c’est le sport, on ne peut rien prévoir ! » (sic !) « moi je vais vous expliquer, j’étais là au départ de la course ! »…

Passées les émotions ressenties pendant le 15 kms d’hier, obligeons-nous à un recul salvateur. Tentons ensemble d’appliquer une méthode, d’approcher la problématique avec distance et circonspection !… Analyser… Pour autoriser le progrès à long terme…

Tentons à ce passage intermédiaire de « lever la tête du guidon », de nous sortir de l’entonnoir et de regarder le cube multi-facettes de la performance sportive pour ce qu’il est, un cube justement, et non une seule de ses arrêtes !… Pour entrevoir les alternatives décisionnelles, les choix auxquels sont confrontés les nations.

Tentons d’entrevoir un constat, les Russes sont-ils en échec ? Etaient-ils en échec avant le titre de Evgeny Ustyugov ?
Et qu’en est-il des français ?

Faits visibles et rapportés
1. A mi-Olympiade, le tableau comparatif des médailles obtenu par la France et la Russie est le suivant : FRANCE : 8 – RUSSIE : 6
2. 1 médaille obtenue par les biathlètes russes F et H depuis le début des épreuves
3. 5 médailles obtenues par les biathlètes français F et H depuis le début des épreuves

Fausses pistes…
Dopage : Peut-être… Certains affirment que cette fois-ci, ils ne sont pas dopés parce que… , ou qu’ils le sont parce que… Notre niveau de connaissance du dossier ne permet pas d’affirmer une conviction. Mais à notre sens, il ne suffit pas à expliquer à lui seul la réduction drastique du niveau de performance des athlètes russes. Géré sur une durée de 4 ans ou d’une génération parfois à l’échelle d’un pays, le projet sportif comporte 5 paramètres de base (Physique, Technique, Mental, Technologique et Processus), et rien ne permet a priori de réduire la seule réduction des performances de l’équipe russe au seul paramètre Physique.

Approche possible…
Comme pour toute analyse rigoureuse, ne nous emportons pas dans des conclusions hâtives, gardons-nous de ce réflexe certes agréable pour certains polémistes mais loin, très loin d’une démarche d’analyse ! Un peu comme si une entreprise en proie à la baisse de ses ventes pointait du doigt l’alcoolisme naissant de ses clients ! Un peu comme si cette entreprise disait « C’est éminemment complexe, il est impossible de savoir pourquoi ! ». Nous exagérons à peine…

Pour approcher la situation d’une manière cohérente, nous analyserons les données globales et les données d’une discipline à la pérennité réelle, une discipline dont l’existence Olympique ne date pas d’hier : le biathlon.

Contexte « médailles » : évolution globale du tableau des médailles de la France et de la Russie
Données chiffrées mises à jour au 20 février au matin (avant le 15km H)

Plus la valeur est grande, meilleure est la performance.

biathlon

Contexte « rang » : évolution globale de l’écart type des classements des biathlètes des équipes de France et de Russie dans l’épreuve du biathlon

Plus la valeur est forte, plus la variation autour de la moyenne est large.

evol-et-haut

Contexte « pénalités » : évolution globale de l’écart type des pénalités des biathlètes des équipes de France et de Russie dans l’épreuve du biathlon

Plus la valeur est forte, plus la variation autour de la moyenne est large.

evol-et-bas

Biathlon JO Vancouver : moyenne des classements des équipes de France et de Russie

Plus la valeur est faible, meilleure est la performance

moy-rang-h-f

Biathlon JO Vancouver : moyenne des pénalités des équipes de France et de Russie

Plus la valeur est faible, meilleure est la performance

Moy-pen-h-f

Biathlon JO Vancouver : écart-type (dispersion des valeurs autour de la moyenne) des classements  des biathlètes des équipes de Russie et de France

Plus la valeur est forte, plus la variation autour de la moyenne est large.

Restitution après avoir pris la précaution d’éliminer 2 extrêmes lors du 10 kms H (Simon Fourcade et Maxim Tchoudov)

et-rang-h-f

Biathlon JO Vancouver : écart-type (dispersion des valeurs autour de la moyenne) des pénalités des biathlètes des équipes de Russie et de France

Plus la valeur est forte, plus la variation autour de la moyenne est large.

Restitution après avoir pris la précaution d’éliminer 2 extrêmes lors du 10 kms H (Simon Fourcade et Maxim Tchoudov)

et-pen-h-f

Décryptage

Les statistiques ont l’avantage d’être froides, objectives, de révéler la réalité des faits, elles sont le 1er élément du raisonnement.
Si l’on se réfère au seul tableau des médailles, voire à son évolution, les statistiques ne suffisent pas à identifier la cause, le levier sur lequel agir.

Mais dès lors que nous nous intéressons aux indicateurs de la moyenne et  de la dispersion, nous obtenons cette fois-ci un indicateur orienté « pilotage » car il permet de révéler le niveau de maîtrise des processus de la performance. A l’instar de la stabilité de la qualité d’un produit qui est directement liée à la qualité de la maîtrise d’un processus de fabrication, la stabilité de la qualité de la performance sportive est directement liée à la capacité du système (staff-athlète) à reproduire l’action. Dès lors que les processus sont expérimentés, analysés, optimisés et maîtrisés, la dispersion se trouve être considérablement réduite. La part de l’inconnu, de la « malchance » tend irrémédiablement vers la réduction, non pas vers le « O défaut » qui lui a un coût inacceptable, mais vers une cible admissible et partagée.

A l’inverse, les savoir-faire de haute-technologie, beaucoup plus rares, beaucoup moins utilisés (et de fait moins expérimentés), permettent parfois l’étincelle, la magie diront certains, mais ne parviennent jamais à être stabilisés s’ils ne font pas l’objet d’une analyse, d’une modélisation, d’une formalisation. La même logique s’applique à la préparation physique, mentale ou technique : la non maîtrise du processus ne permet évidemment pas de reproduire le niveau de performance réalisé à un instant T. De manière caricaturale, cela revient à dire « J’ai gagné mais je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce que je devrai refaire la prochaine fois. »

La lecture comparative des statistiques de la Russie et de la France est à notre sens révélatrice et digne d’intérêt :

1. RUSSIE : Tendance de fond à la régression – Faible dispersion
Ce qui tend à montrer que l’équipe de biathlon de la Fédération de Russie a conservé une organisation forte, une codification précise des processus de la performance mais qu’elle a peut-être perdu dans le domaine de la recherche et du développement. Un élément clé toutefois : il semble bien que l’existence d’un « système russe », organisé, managé (avec ses propres codes certes, mais managé tout de même) ne soit pas à remettre en cause. Et la recherche ne concerne de loin pas que le domaine physiologique, il en va de même pour les 4 domaines de la performance : Physique – Technique – Technologique – Mental. En affinant encore l’analyse, l’observation de l’évolution des statistiques de tir et l’analyse de la qualité technique du ski russe nous autorisent à formuler l’hypothèse que ce sont peut-être les savoir-faire physique et technologique qui ne sont pas aussi compétitifs que ceux des autres nations. Il est de toute évidence probable que si des investissements étaient au programme, l’organisation russe mettrait peu de temps à les digérer…

2. FRANCE : Tendance de fond à la progression – Forte dispersion
Ce qui tend à montrer que l’équipe de France de biathlon progresse mais rencontre parfois une difficulté dans sa capacité de reproductibilité. Ce profil type relève d’une stratégie (réfléchie ou non…) orientée vers l’investissement dans les savoir-faire de haut-niveau, dans le domaine de la Recherche et Développement notamment (Matériel, technologies diverses, psychologues…). Ces savoir-faire de haut-niveau ont une caractéristique commune, leur rareté limite les tests, l’expérimentation, et logiquement leur fiabilisation. Sans recours à une codification, à une intégration organisationnelle dans les processus de la performance, la maitrise au sens strict est considérablement réduite, ce qui génère obligatoirement une dispersion des résultats… La compétence ici requise est bien évidemment celle du management, celle du pilotage global, au delà du partage de moyens : la mise en place de processus qui seuls peuvent garantir la pérennité du système. Ou alors cela revient à gagner parfois certes, mais à éprouver une difficulté à savoir quelles actions reproduire lors des prochaines épreuves. Le système français reposerait donc en grande partie sur la capacité individuelle des femmes et des hommes (staffs et athlètes) à s’organiser en tant qu’individus ou équipes, mais serait plus faible dans le domaine de la gestion de projet. Il n’ y a ici bien évidemment aucune considération personnelle, nous raisonnons dans le cadre d’une problématique macroscopique, à l’échelle des systèmes. Et avouons-le, nous visons haut le progrès dans une discipline française exceptionnelle !… Mais n’est-ce pas là le désir de cette équipe que de progresser encore ?… Certains avanceront que le management, c’est la disparition de la magie, pas certain qu’ils n’aient pas hurlé devant le sprint de Jason Lamy-Chappuis, réputé pour la qualité de son projet… Pas certain qu’ils aient essayé non plus…
Une question de choix !
Quand les systèmes et les Hommes se rencontrent… pour le meilleur !

France – Russie : Echec et Mat ?
Oh que non, la partie est engagée et elle ne fait que commencer, les 2 nations sont confrontées à un choix, les 2 nations attendent beaucoup des Olympiades à venir, Londres en premier lieu…

Le mot de la fin
Comme toujours, nous n’avons eu comme seule ambition celle de vous inviter à partager un angle de vue, une réflexion qui aujourd’hui s’est voulue bien davantage stratégique, et pourtant si proche de l’Exploit.
Plus tard d’autres analyses stratégiques ? Pourquoi pas…!

Sylvain Basset

Diagnostic Performance Individuelle

Management et préparation mentale pour votre performance

Partagez cet article :
  • Print this article!
  • E-mail this story to a friend!
  • Facebook
  • Twitter
  • Netvibes
  • Google Bookmarks
  • del.icio.us

. Les commentaires et pings sont fermés.