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Séquence
Jeux Olympiques de Vancouver, géant parallèle de snowboard.
Mathieu Bozzetto, 36 ans, remporte enfin cette médaille Olympique tant convoitée.
Faits visibles et rapportés
Mathieu Bozzetto est expérimenté…
- Vainqueur du classement général de Coupe du monde de snowboard 1999 et 2000,
- Vainqueur de la coupe du monde de slalom parallèle : 1999, 2000, 2001, 2002 et 2003,
- 35 victoires sur des épreuves de la Coupe du monde (slalom, slalom géant parallèle ou slalom parallèle) et 64 podiums au total,
Mathieu Bozzetto affiche une solide réputation de « casse-cou », il arrête sa carrière lors de la saison passée puis se décide à reprendre, en vue de Vancouver,
Mathieu Bozzetto ne se sentait pas en forme avant la compétition et n’aimait pas la neige,
Enfin médaillé de bronze en 2010 après 4 Olympiades, l’homme laisse couler une larme à l’arrivée, une larme qui appelle les nôtres, celles de spectateurs heureux et touchés par cette sensibilité…
Notre sujet
Au delà de cette belle histoire, émouvante, simplement belle, est-il possible d’identifier un savoir-faire de la Gagne ?
Décryptage
Bien évidemment oui !…
Efforçons-nous simplement de citer quelques éléments clés…
Mathieu Bozzetto a la réputation de la sensibilité, de l’émotivité même…
Mathieu Bozzetto se lève au matin de la course face à une piste qu’il « n’aime » pas (le type de neige dure, les produits ajoutés…),
Mathieu Bozzetto a révélé après la course combien il avait eu peur de terminer une nouvelle fois 4ème,
Mathieu Bozzetto a révélé avoir pleuré sur le skidoo avant le départ de la manche décisive, pensant à ses proches,
Mathieu Bozzetto et le russe Stanislav Detkov ont du attendre un temps anormal devant le portillon de départ, une situation potentiellement perturbante car imprévue dans le protocole de concentration pré-compétitif,
Stanislav Detkov, l’adversaire final de Mathieu Bozzetto a connu une chute dès le départ de la 2ème manche, dans le portillon…
Tant d’éléments, tant d’éléments qui a priori étaient absolument défavorables, ou au minimum de formidables distracteurs potentiels, capables d’entraîner l’athlète sur de multiples champs d’attention inadaptés à la compétition.
Alors ? Alors où se trouve la clé ? Comment a-t-il fait ?…
Tentons de saisir quelques clés de cette réussite, car il s’agit bien d’une réussite !…
1. Ne pas voir la chute de Detkov
Un détail ? Oh que non !!!…
Bien évidemment, contrairement à ce qu’ont espéré certains commentateurs, Mathieu Bozzetto n’a pas appris tout de suite la chute de son adversaire. Heureusement ! Il s’agit-là de la définition même du champ d’attention inadapté : porter son attention sur l’attitude de l’adversaire revient à « défocaliser », à séparer le champ de concentration de l’action en cours de déroulement. Dans un tel cas, la chute est toute proche !… Il y a donc toutes chances pour que l’athlète français se soit rendu compte de l’événement au seul passage de l’arrivée, ou a choisi de rester focalisé sur son champ de maîtrise : l’action. Quant à savoir s’il s’agit d’un hasard, certainement non, car Mathieu nous a livré une autre clé…
2. Concentration sur l’action
Une autre clé oui… Décomposant la stratégie utilisée pour chacune de ses descentes, l’athlète a expliqué combien il s’est attaché à se concentrer exclusivement sur la fragmentation de l’action, sur la technique à mettre en œuvre pour descendre « propre » et efficace. C’est une information capitale et utile pour l’ensemble de nos lecteurs jeunes et moins jeunes : face à la « pression » certes perçue mais ressentie de manière effective par l’athlète, la seule stratégie efficace consiste à focaliser sur l’action et plus précisément sur la gestuelle à mettre en œuvre. C’est ce qu’il a réussi à faire à la fois pour se protéger de facteurs extérieurs non contrôlables et pour assurer la bonne qualité de sa descente. Il s’est agi là d’une mobilisation de haut-niveau du triangle de la performance ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION… Le seul constat de sa fatigue énergétique et émotionnelle post-compétition révèle combien il a « investi » son énergie dans la maîtrise du triangle de la performance, bravo à lui !
3. Tactique
Et l’athlète n’a pas seulement été capable d’une mobilisation énergétique et d’une concentration exceptionnelle lors de ce Jour J, il a su utiliser la connaissance de ses adversaires, les forces-faiblesses de chacun pour identifier la meilleure manière de s’engager dans l’action… En amont de la MOBILISATION, l’ANALYSE et la DECISION !… au service du FFOM et de la tactique (Action Way pour EQUILIBRES.PRO). Le fruit de l’expérience, d’une longue expérience… Cette expérience qui enrichit et permet de mesurer combien les dimensions stratégiques et mentales comptent dès lors qu’il s’agit de performance… Avez-vous remarqué le nombre d’athlètes de plus de 35 ans présents lors de ces Jeux Olympiques, qui plus est sur les podiums ?… Un bel espoir pour les trentenaires et un formidable défi pour les jeunes…
4. Raisons d’être
Une autre clé nous pensons… Une clé humaine, belle… Un peu à la manière d’un Armstrong qui revient après un long arrêt… Un homme qui a réalisé combien le snowboard comptait pour lui, combien la dimension sportive et compétitive comptait encore dans sa vie, dans son équilibre… Et un choix assumé, le choix de revenir vers le plus haut-niveau, le choix de faire ce qu’il aime, de tenter de réaliser un truc qu’il pensait être capable de faire… Soyons sûrs qu’il est revenu avec un truc de plus Mathieu, un truc qui l’a aidé hier… Quand l’homme sert l’athlète…
Mécanismes
Souvenez-vous : EMOTION + CONCENTRATION = Performance
Le mécanisme est assez simple : une EMOTION négative et non adaptée à la performance peut se produire, ce qui peut arriver à tout un chacun !… Dans le cas d’Ana Ivanovic à Melbourne (que nous avons étudié il y a quelques semaines dans l’article Control or not control ?), l’athlète n’était pas parvenue à se remobiliser, ce qui avait entraîné une impossibilité à se reconcentrer sur l’action. Dans le cas de Mathieu Bozzetto, en dépit d’un contexte a priori défavorable, de pensées a priori parasites, l’athlète a su enclencher son processus de concentration pré-compétitif avant chaque manche, preuve que le processus était maîtrisé, répété… car rien ne s’invente le Jour J, tout s’applique…
Le mot de la fin
« Qui perd la maîtrise émotionnelle perd le combat ! », nous nous répétons… mais c’est si souvent le cas.
Mathieu Bozzetto ne l’a pas perdu cette maîtrise émotionnelle… Il est passé proche, il a certainement flirté…!… Mais il a su se remobiliser au juste moment pour se reconcentrer sur l’action… Quel effort il a du réaliser pour parvenir à se reconcentrer, quel effort !…
L’énergie au service de la gestion des émotions…
Les émotions adaptées au service de la concentration…
La concentration sur l’action…
L’action pour la performance…
La performance pour le résultat…
Hier c’était une médaille…
Soyez certains d’un élément, la médaille n’était pas dans ses pensées quand il descendait !…
Sylvain Basset
Publié dans
JO VANCOUVER, Surf des neiges
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