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Séquence
Vancouver, 17 février 2010, épreuve de descente féminine. Enfin, l’épreuve a lieu.
Dominique Gisin (Suisse) et Anja Pärson (Suède) sont victimes de lourdes chutes.
Faits visibles et rapportés
- La descente féminine des Jeux Olympiques de Vancouver, de l’avis des spécialistes techniques et de l’ensemble des observateurs, est une descente exigeante sur les plans physique et technique.
- Les 2 skieuses chutent alors qu’elles sont en approche de l’arrivée, à quelques secondes du terme de leur course.
Notre sujet
Quelles peuvent être les explications de leurs chutes ?
Comment réduire le traumatisme, la trace psychologique laissée par une telle chute ?
Fausses pistes…
Penser « oublier » : cela semble évident mais il convient de le rappeler, il convient absolument d’analyser la chute avec les descendeuses. Nous tenterons ci-après de vous apporter un éclairage sur le pourquoi de la nécessaire explication de l’enchaînement des faits.
Approche possible…
Le debriefing entraîneur – athlète, accompagné de la vidéo, joue un rôle essentiel en ce sens qu’il permet une fragmentation de l’enchaînement des évènements. Lesquels évènements sont caractérisés par l’association des paramètres suivants :
1. Temps : point de repère temporel (sur la simple base du chronomètre qui défile)
2. Lieu : situation précise sur le profil de la piste
3. Action : analyse technique du positionnement
4. Activation : disponibilité énergétique (fatigue, calme, engagement…)
5. Attention : support d’attention et de concentration (porte, virage, traces, soleil, ombre,…, ligne d’arrivée…)
Cette fragmentation de la suite d’évènements qui ont précédé et accompagné la chute permet d’apporter une explication tangible à la chute, à lui donner une dimension humaine et maîtrisable. Comprendre, il est important de comprendre la suite de paramètres qui a amené à la chute pour constituer un socle qui permettra de se reconstruire sereinement. En aucun cas le traumatisme ne doit rester incompris, chassé, enfoui… Il doit au contraire être abordé posément pour permettre une analyse et une compréhension technique. Le moment de ce debriefing varie, si certains le réalisent sur leur lit d’hôpital (oui !), d’autres le réalisent au contraire après quelques jours.
Décryptage
Avec les données qui sont à notre disposition, nous ne pouvons affirmer quelle est la cause directe de chacune des 2 chutes.
Il nous est toutefois possible d’émettre 3 hypothèses qui ont le mérite de vous apporter un éclairage sur les voies d’investigation à considérer.
Si l’on considère qu’une faute technique a été commise (gestuelle, inscription de la descendeuse dans la pente…), il n’en demeure pas moins important de comprendre ce qui a pu générer cette faute…
Option 1 : la technique. L’analyse du profil, de la trajectoire, de la vitesse, de la position de la descendeuse permettra à l’athlète de comprendre quelle faute technique a pu amener à la chute. Cette compréhension permettra de visualiser l’erreur et de mettre en place les actions correctives si besoin (la seule lecture des faits suffit parfois).
Option 2 : la fatigue. Arrivées en fin de parcours, qui plus est exigeant, la mobilisation musculaire et mentale a été très importante. L’option de la fatigue avec les signes nets que connaissent les descendeuses (je pense bien évidemment aux cuisses qui brûlent, à la lucidité qui s’atténue…) est à investiguer. Pour quelles raisons ? En premier lieu parce qu’elle permet d’aboutir très vite à un constat limpide et un plan d’action (durée de la descente comparée aux autres descentes, mise en place d’un entraînement adapté à venir…). Cette option a le mérite d’être simple de lecture, de compréhension et d’action.
Option 3 : la défocalisation. A partir du moment où les skieuses sont en approche de la ligne d’arrivée, nous ne pouvons pas exclure l’hypothèse qu’elles y aient prêté une attention, même fortuite, mais une attention. C’est la défocalisation : l’attention se déplace quelques dizaines de mètres plus loin, vers l’arrivée. Nous assistons donc à une désynchronisation entre le support de concentration et l’action immédiate, le geste à venir, la position. A une telle vitesse et avec le niveau de fatigue musculaire ressenti à ce moment, la faute est irrattrapable, la sanction est directe. Ce domaine est certes plus complexe à aborder car il oblige l’athlète à accepter de prendre le temps de se remémorer ses champs d’attention lors des fractions de seconde qui ont favorisé la chute. Mais il a le mérite de permettre également de comprendre ce qui a amené à la chute. Dans le cas de cette option, l’action est parasitée par des informations inutiles à son déroulement.
Il est possible que les 3 facteurs soient combinés, auquel cas il convient de tenter d’isoler le « déclencheur ».
Les données à notre disposition ne sont pas suffisantes pour prétendre connaître LA réponse, mais l’important n’est pas ici, il est plutôt de partager avec vous une méthode visant à démonter les mécanismes d’une chute.
Les secondes comptent et méritent que l’on s’y attarde quelques heures pour préserver des mois, des années… deux femmes.
A quelques secondes près…
Pour que la chute soit le début du rebond…
Le mot de la fin
Comme toujours, cette rubrique n’a aucune prétention à détenir la vérité, aucune !… Il s’agit simplement de vous apporter un regard différent, peut-être de vous encourager à oser analyser, comprendre davantage pour progresser et faire progresser les athlètes…
Ce que EQUILIBRES.PRO et MYDPI peuvent vous apprendre de plus sur le sujet abordé aujourd’hui
1. Formation Les essentiels de l’entraîneur coach – Objectifs, récupération, jour J et debriefing
2. mydpi.fr – Diagnostic Performance Individuelle – Evaluation des 5 composantes mentales et fiches pratiques adaptées
S. B.
Publié dans
JO VANCOUVER, Ski alpin
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