J. LAMY-CHAPPUIS, UN OUTIL EN VUE !

Publié le 10 décembre 2009 par Régis Adnet | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : CONCENTRATION
Composante mentale : EMOTIONS
J. LAMY-CHAPPUIS, UN OUTIL EN VUE !

Séquence :
Samedi 05 décembre 2009 à Lillehammer en Norvège, Jason Lamy-Chappuis remporte sa 7ème victoire en Coupe du Monde de Combiné (saut et ski de fond). C’est sa 2ème victoire en huit jours.

Faits « visibles et rapportés » :
1. Le skieur-sauteur de Bois-d’Armont conforte son dossard jaune de leader de la Coupe du Monde après 3 épreuves sur 19.
2. Il a démarré un « travail mental » : « La Fédération a mis à notre disposition une psychologue du sport. Je fais beaucoup de visualisation de mes sauts, uniquement à l’entraînement, pour automatiser mon mouvement. »

Notre sujet :
Travail mental, psychologue du sport, visualisation, imagerie mentale… ? Essayons d’y voir un peu plus clair. Conscient que ces mots s’entourent  d’obscurité, de scepticisme voire d’une certaine suspicion ou tout simplement de questionnements, cet article a pour objectifs de :
- définir le travail mental et la visualisation,
- focaliser sur les apports bénéfiques de cette visualisation dans l’entraînement de Jason,
- élargir également sur les domaines d’application variés de la visualisation.

Fausses pistes et préjugés :
1.  Jason a fait un travail mental :
Par extension pourrait-on dire qu’utiliser l’électrostimulation pour travailler sa force ou sa résistance s’inscrit dans le cadre d’un travail électrique ?!… Bien évidemment non…, l’électrostimulation est un outil complémentaire qu’il est possible d’utiliser dans la préparation physique de l’athlète. Tout comme la visualisation a été utilisée en tant qu’outil spécifique par Jason pour automatiser les mouvements du saut. C’est un travail de préparation technique et non mental !

2.  Le psychologue du sport est le référent du travail de visualisation :
Le partenaire cité par Jason a semble-t-il fourni un travail d’excellente qualité, c’est indiscutable.Une précision toutefois pour faciliter la compréhension de chacun : le psychologue n’est ni le dépositaire ni la seule personne capable d’accompagner un travail de visualisation. Il lui est possible de proposer, d’enseigner et de diriger ces exercices techniques de visualisation.  Ce savoir-faire est à la limite de son domaine d’action thérapeutique. La visualisation (ou imagerie mentale) nécessite un apprentissage technique qu’entraîneurs et athlètes peuvent réaliser pour les intégrer ensuite dans leurs entraînements. Tout individu formé à ce travail de technicien,  peut intervenir auprès des athlètes et entraîneurs, tout comme un psychologue du sport ayant élargi son champ de compétences.

Le « travail mental » :
Le travail physique, c’est améliorer certaines capacités (force, vitesse, endurance) reposant sur des processus énergétiques.
Le travail technique, c’est améliorer certaines capacités (coordination, mobilité et rythmicité) reposant sur des processus centraux de commande et de régulation nerveuse.
Le travail mental, c’est améliorer certaines capacités reposant sur des processus centraux de commande et de guidage permettant à l’athlète de surmonter aussi bien des obstacles extérieurs que des difficultés internes. En étant plus précis ce travail consiste à entraîner l’athlète  dans son univers « professionnel ». Il s’agit de l’entraîner avec des outils spécifiques destinés à améliorer certaines capacités pour surmonter :
-          des difficultés internes, états d’excitation, stress, angoisse de résultat, échec, fatigue, charges prolongées…
-          des obstacles externes, conditions d’entraînement ou de compétition, tâches complexes ou difficiles, des relations conflictuelles, un environnement inconnu ou particulier…

La visualisation (ou imagerie mentale) est une technique qui permet de renforcer l’efficacité de chacun des 3 domaines cités ci-dessus.

La visualisation :
Vaste sujet ! Depuis plus d’une dizaine d’années de nombreuses recherches et expériences ont été menées par des chercheurs et scientifiques sur ce sujet (citer toutes les références prendrait bien des pages, je vous les évite !). Après une courte définition pratique de la visualisation, appelée aussi imagerie mentale, je vous en présenterai les principes essentiels.
Visualiser, c’est se représenter (dans sa tête) une action ou un mouvement, une personne ou soi-même… sans bouger la moindre partie de son corps. Soit reproduire une scène ou un mouvement… déjà vécu/réalisé, soit anticiper et imaginer des actions sans avoir assisté à leur réalisation.
Voici les principaux résultats de ces recherches scientifiques :
-          Le cerveau ne fait pas de différence entre le fait d’exécuter réellement un mouvement ou de vivre une situation et celui de les visualiser intérieurement,
-          L’action visualisée active les mêmes aires cérébrales que l’action exécutée, au même titre que l’action exécutée par un tiers,
-          Toute expérience visualisée engendre des effets physiologiques sur le corps comparables aux expériences vécues.

Sans entrer dans les conditions précises d’exécution et de contrôle des exercices de visualisation, un protocole simple mais cadré doit être suivi pour en obtenir les meilleurs résultats : comme si Jason avait réellement effectué son saut dans le cas ici présent. Et cela s’apprend, très rapidement d’ailleurs, une fois la mise en place et l’acquisition des apports et apprentissages nécessaires, la personne sera autonome et pourra l’utiliser sans aucune aide extérieure.

La visualisation a ouvert ainsi, de par ses fondements scientifiques et ses effets, un champ extrêmement riche de techniques complémentaires d’entraînement.

Visualiser par répétition un geste technique :
Beaucoup de sportifs connaissent bien ce qui est appelé le « drill », un entraînement itératif jusqu’à l’automatisation du geste à produire. Exemple :  à force de passer les vitesses, je n’ai plus besoin de me concentrer sur ce geste mais sur la route quand je conduis.
Seulement, s’élancer du haut d’un tremplin à ski et voler pour atterrir 140m plus loin est légèrement ( !) plus complexe comme geste ! Les contraintes physiques, mentales, techniques et de moyens limitent considérablement la répétition des sauts.
La visualisation prend ici toute son importance et voici les différentes situations et directions possibles du travail de Jason :

  1. J’ai réalisé un bon saut et je souhaite le répéter et le reproduire plusieurs fois pour en mémoriser et ancrer toutes les sensations.
  2. J’ai réalisé un mauvais saut et je souhaite  comprendre précisément ce qui a été mal réalisé puis le corriger immédiatement.
  3. Je souhaite sauter au-delà de la ligne jamais franchie et j’essaie de ressentir ce saut jamais réalisé et répéter par visualisation sa réussite.

Ce qui m’amène à aborder le principe essentiel et scientifique de l’efficacité de la répétition, qu’elle soit réalisée ou visualisée :
Notre cerveau est un vaste réseau téléphonique de mille milliards de neurones et lorsqu’un message (action ou pensée) circule de neurone en neurone, il s’établit un canal électromagnétique et biochimique appelé « trace de mémoire ». Ainsi à chaque répétition de ce message, la résistance électromagnétique et biochimique de ce canal diminue. Le petit sentier de jungle se transforme par répétition en un chemin, une route puis une autoroute d’accès plus facile, rapide et performant. La répétition augmente en soi la probabilité de répétition.

D’où l’importance de :
1. répéter et mémoriser un bon geste.
2. corriger pour effacer la « trace de mémoire » du mauvais geste.
3. anticiper et « tracer » le chemin d’un geste que l’on souhaite réussir.

La visualisation joue ici un rôle essentiel et permet ainsi de compléter, avec une grande efficacité et facilité d’exécution, le travail « classique » du geste technique.

Je tiens ici à souligner, au vu du très haut niveau actuel des sauts de Jason, de l’excellent travail de visualisation qui a été fait par le psychologue du sport de la fédération, de Jason et de son entraîneur qui ont sans doute su parfaitement l’associer et l’intégrer aux entraînements.

Autres domaines d’application :
Si l’orientation et les objectifs des exercices de visualisation de Jason concernent le domaine de perfectionnement d’un geste, il en existe également d’autres qui répondront à des objectifs et  des besoins différents.
Utilisée séparément ou combinée à d’autres outils, la visualisation peut optimiser l’efficacité de :

-          La récupération et la gestion de l’énergie

-          La réhabilitation et réathlétisation suite à une blessure

-          La résolution de problèmes et les routines de compétition

-          La régulation de l’anxiété

-          L’augmentation de la motivation intrinsèque et de la confiance en soi

-          …

Les domaines d’application sont variés et la visualisation permet ici, soit d’apporter une réponse efficiente là où d’autres outils atteignent leurs limites, soit de compléter et d’optimiser certaines techniques d’entraînement.

Comme toute technique et outil d’entraînement, pour être efficace et optimisé,  le travail de visualisation doit être planifié, programmé et les contenus des séances devront répondre à des objectifs généraux, orientés, spécifiques ou de compétition. Ce qui déterminera le volume, la fréquence, le moment et la durée de ces séances de visualisation.
Ce travail demande un apprentissage progressif, de l’assiduité, une individualisation, une application spécifique selon la discipline, des indicateurs de réalisation et des moyens de contrôle.
Alors, les résultats suivront et ce n’est pas Jason qui nous contredira !

Conclusion :
Encore un grand bravo aux acteurs de la fédération qui ont su mettre en place ce travail, au staff qui a su l’intégrer dans l’entraînement et bien entendu à Jason qui a su se l’approprier et progresser.

Alors si pour orienter et changer quelque peu ses méthodes d’entraînement, vous avez besoin de :
-          percevoir l’importance et l’efficacité de ce changement, j’espère que les résultats de Jason et que cet article didactique vous auront apporté des éléments convaincants !…
-          d’avoir la confiance intrinsèque et les ressources nécessaires pour accomplir ce changement, formez-vous à cette technique et vous serez prêt !

Pour les personnes intéressées à en apprendre davantage sur l’imagerie mentale, voici le lien sur la formation proposée par EQUILIBRES.PRO. N’hésitez pas à nous contacter, nous serons ravis de répondre à toutes vos questions : Formation imagerie mentale

Bonne continuation  à Jason et à son staff, nous serons là pour vous supporter tout au long de la saison… et dans deux mois à Vancouver !

R.A.

Diagnostic Performance Individuelle

Management et préparation mentale pour votre performance

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Publié dans Combiné nordique  
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