J. WILKINSON, I WILL BE WILKO !

Publié le 21 septembre 2009 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : concentration
Composante mentale : émotions

I will be Wilko !

Séquence
Stade Vélodrome, rugby, 20 septembre 2009, Toulon bat Toulouse 18-13
Les 18 points de Toulon sont marqués par Jonny Wilkinson (3 pénalités et 3 drops).

Faits « visibles »
Jonny Wilkinson, né le 25 mai 1979, 1.77m pour 86 kgs débute sa carrière professionnelle en 1997 et occupe le poste stratégique de demi d’ouverture.
Jonny Wilkinson, bourreau de l’équipe de France à de multiples reprises est un des meilleurs si ce n’est le meilleur buteur du monde. Jonny Wilkinson est aussi l’homme aux statistiques dignes d’un métronome :
1079 points en sélection anglaise (dont 150 transformations et 219 pénalités)
Et si l’on s’attarde sur ses performances en coupe du monde : 249 points (dont 23 transformations et 53 pénalités).
Il devient en 2008 le plus grand marqueur de l’histoire du rugby international.
Il est un tireur de pénalités hors-pair caractérisé dans l’esprit des spectateurs férus de rugby par sa position « cassée » avant de taper l’ovale…
Combien de Français se sont dits après les défaites de l’Equipe de France face au XV de la Rose « ça s’est joué à des détails », « on n’était pas dans le match », « je n’aime pas le rugby des anglais, ils ne jouent pas… », « Wilkinson nous a tués »…
Après avoir été éloigné des terrains suite à de nombreuses blessures (ligaments du genou, bras, épaule et reins) entre 2004 et début 2007,  « Wilko », 30 ans,  marque un retour à son meilleur niveau dira Fred Michalak au lendemain du match Toulon – Toulouse.

Notre sujet
Quel est donc le secret de Jonny Wilkinson pour marquer autant de points et réussir autant de pénalités ?
Qu’y a-t-il derrière ce bourreau de travail et cette « force mentale » qui saute aux yeux de chacun ?

Fausses pistes…
Le volume de travail
Disons qu’il s’agit ici d’une vraie fausse piste ! Il est bien évident que le travail est indispensable à la performance de haut-niveau mais il ne peut être seul garant du succès. Qui ne connait pas l’adage « c’est le champion de l’entraînement mais il perd tous ses moyens en compétition ! » ?

Approche possible…
Si l’on se réfère au modèle mental développé par EQUILIBRES.PRO, il semble évident en analysant la trajectoire de vie de Jonny Wilkinson que :
- ses Raisons d’être (fondations) sont solides (sans un ancrage profond dans d’autres domaines que le rugby, Wilko n’aurait pas eu la capacité de faire face à tant de blessures),
- son Envie est élevée. En mars 2006, alors qu’il cumule les blessures et est arrêté, il confie au Rugby World Magazine sa conviction que son meilleur rugby reste à venir !
- sa capacité à gérer son Energie semble être un talon d’Achille potentiel : les nombreuses blessures couplées à un volume d’entraînement élevé montrent qu’il y a peut-être ici une piste de progrès… Mais que je suis prétentieux de m’exprimer ainsi à propos de Jonny Wilkinson !
- Quid alors de sa gestion Emotionnelle et de ses facultés de Concentration ?
Aucun doute possible : c’est ici le secret de sa performance. Jonny Wilkinson maîtrise certainement mieux qu’aucun autre buteur ces 2 composantes de la performance qui caractérisent les athlètes capables d’être présents le Jour J, qui plus est sur une période longue. Lors du match Toulon – Toulouse, il marque régulièrement entre la 21ème et la 62ème minute,  mais son point d’orgue restera la finale de la coupe du monde 2003 contre l’Australie : alors que les deux équipes sont à égalité, il passe un drop du pied droit à 26 secondes de la fin du temps réglementaire. L’Angleterre emporte la coupe !

Décryptage
Facile d’écrire gestion émotionnelle et concentration, mais qu’est-ce donc ?
Tout d’abord rappelons que les 2 composantes Emotions et Energie soutiennent la Concentration. Sans elles, pas de Concentration optimisée !
Intéressons-nous à la séquence d’une pénalité : entre le moment où le buteur comprend qu’il va tirer et le moment où il a terminé la séquence (il se repositionne sur le terrain), se déroulent de très nombreux faits qui peuvent perturber émotionnellement le buteur. Le principe consiste donc à se couper des distracteurs externes (arbitre, co-équipiers, public, enjeu de l’instant, souvenirs négatifs, peur de perdre…). Mais raisonner par l’absurde est impossible (à quoi pensez-vous si je vous demande de ne surtout pas penser à un éléphant rose ? !!!).
L’objectif consiste à prendre le contrôle de l’action au travers des 2 composantes citées :
- retrouver l’émotion adaptée à la séquence du tir (ce qui suppose qu’un travail d’identification a été effectué)
- choisir le juste champ de concentration (par exemple les pas à réaliser avant la frappe et l’impact sur l’ovale), renforcé par un ancrage (attitude constante ou contact avec un élément ou mot clé…)
Vous commencez certainement à comprendre qu’il n’y a ici aucune place au hasard, d’autant plus que l’athlète est ici dans la position du buteur titulaire.
Creusons quelque peu :
Comment retrouver l’émotion adaptée ? Tout d’abord chacun de nous ressent constamment des émotions, résultantes d’images (auditives, visuelles, kinesthésiques, olfactives…). Jonny Wilkinson a de toute évidence identifié les images associées à ses réussites passées et travaille à les rappeler pour recréer les conditions du succès lors de chaque tir.
Sur quel champ porter sa concentration ? Sur l’action, exclusivement sur l’action. N’avez-vous pas remarqué les regards réguliers que Jonny Wilkinson porte sur l’embut et la distance qui l’en sépare ? Comme je l’ai écrit plus haut, seule l’action compte car le buteur n’a de pouvoir que sur l’action qu’il va produire.

Mécanismes
Vous êtes spectateurs-trices et quand on parle de Jonny Wilkinson, une image type vous vient à l’esprit : sa position « cassée en avant » avant le tir. Mais y a-t-il autre chose à remarquer ?
Oh que oui car il s’agit d’un enchaînement complet d’actions de référence qui peut durer jusqu’à  30 secondes et crée la juste émotion dont nous relevons ici les principales étapes :
Placement du ballon (un genou à terre, les mains qui ressentent l’ovale) – Double regard vers l’embut – 4 pas vers l’arrière – Relâchement des épaules – Regard vers l’embut – Expiration – Ramassage d’herbe et projection en l’air pour évaluer  le vent – Regard vers l’embut – Recul à 90° – Double ou triple expiration – Entrée dans la position « ancrage » (pieds qui cherchent le sol, coudes qui fléchissent, mains qui se joignent, genoux pliés, buste vers l’avant, regard vers les mains jointes) -
Imagerie mentale sur le geste à venir (la séquence dure entre 7 et 10 secondes, ce qui semble correspondre à l’imagerie motrice du geste à venir) – Regard vers l’embut – 1 pas en arrière avec le pied qui va taper – 4 pas en avant dont le 4ème frappe, buste vers l’avant et regard sur l’ovale.
Chers lecteurs, entraîneurs, athlètes… Vos instants de réussite contiennent les clés de vos succès à venir ! Filmez ! Debriefez ! Formalisez ! Puis entraînez-vous à répéter la séquence du succès car ici est bien une des forces de Jonny Wilkinson : la capacité à multiplier les répétitions de la séquence pour la transformer en véritable processus de concentration.
Jonny Wilkinson, bourreau de travail oui mais pas seulement…

Questions

A titre personnel j’aimerais beaucoup savoir quand et comment Jonny Wilkinson a pris conscience de la nécessaire préparation mentale ?

Le mot de la fin
Jonny Wilkinson, j’adore ! Il y a chez cet athlète une conscience exacerbée de ce qu’est la performance et il y a la sensibilité de l’homme qui n’a pas vécu que du « facile »…
Merci pour tout Wilko et prends soin de ton énergie !

S.B.

Diagnostic Performance Individuelle

Formation des entraîneurs

Partagez cet article :
  • Print this article!
  • E-mail this story to a friend!
  • Facebook
  • Twitter
  • Netvibes
  • Google Bookmarks
  • del.icio.us

Publié dans Rugby  
.