GIRONDINS : « CONFIANCE, OU ES-TU ?… »

Publié le 5 mai 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : ENVIE CONCENTRATION EMOTIONS ENERGIE RAISON D ETRE

GIRONDINS :

L’équipe du blog se mobilise pendant la coupe du monde 2010 de football.
Retrouvez des analyses détaillées sur les performances de différentes équipes !
En attendant, voici notre analyse du jour sur un phénomène qui a retenu l’attention des amateurs de football en cette fin de saison de L1…

Séquence
Phénomène rare, voire exceptionnel : une équipe de football française de haut-niveau cite la nécessaire venue d’un préparateur mental au sein de son staff.
Les Girondins de Bordeaux sont à l’origine de cette petite révolution.

Faits visibles
- A la trève, Bordeaux disposait de 43 points, une performance de très haut-niveau, une machine semble-t-il bien huilée,
- le 14 février, Bordeaux est rejoint en tête du classement, le doute s’imisce. Un relâchement ? Une question naît : Bordeaux peut-il craquer ?  Interview
- Avant le match contre Toulouse, les Girondins ont traversé une série de 7 matches sans victoire. Bordeaux peut craquer.
- Laurent Blanc explique en interview que les derniers tests physiques réalisés montrent que la « forme physique » est au rendez-vous. La cause est ailleurs…
- La fébrilité et le doute sont officiellement présents au sein de l’équipe des Girondins, un discours rare nait : le facteur MENTAL est une explication possible…
- Le 24 avril, Yohann Gourcuff s’exprime de manière très lucide et évoque la rupture de dynamique vécue après l’élimination en 1/2 finale de la Champions League. Interview
- Le 28 avril, Benoit Trémoulinas ne parvient pas à expliquer ce passage et semble espérer la venue de la « réussite » pour permettre aux Girondins de repartir… Interview
- Les Girondins voient leur contingent de blessés augmenter…
- Laurent Blanc et Jean-Louis Triaud évoquent de concert de la nécessaire venue d’un préparateur mental au sein du staff de Girondins,
- Certains médias citent constamment la non transparence de Laurent Blanc concernant son avenir possible au sein de l’Equipe de France, avançant que ce flou est responsable des récentes performances des Bordelais…
- Après la victoire face à Toulouse, Bordeaux est toujours en quête de confiance (interview Laurent Blanc).

Notre sujet
Nous nous attacherons à décrire le scénario qui a pu conduire à la dégradation de la confiance au sein de l’équipe des Girondins de Bordeaux.
Dans le même temps, nous poserons les questions clé qui permettront peut-être aux dirigeants du club de mieux cerner l’engrenage…
N’ayant pas connaissance des détails opérationnels et des ressentis des athlètes (et du staff), nous prenons évidemment soin de rester prudents. Il va d’ailleurs de soi qu’en cas contraire (si nous en avions connaissance), nous ne nous permettrions pas de publier une telle analyse.

Fausses pistes
- La « réussite » rétablira une confiance solide…
Benoit Trémoulinas explique que gagner, marquer et ne pas prendre de but sont la solution… la solution qui permettra à la confiance de revenir. Plutôt qu’une solution, n’est-ce pas là un résultat espéré ? Certes la victoire ou le point marqué peut faire naître un ressenti de confiance, mais il ne s’agira que de confiance extrinsèque. Cette confiance extrinsèque ne donnera aucunement les clés de la confiance intrinsèque, celle qui est maîtrisée et de fait reproductible. Si espérer gagner suffisait…

- Laurent Blanc sème le doute…
Cette hypothèse ne peut à elle seule suffire. L’avenir d’un entraîneur (n’est-il pas constamment en mouvement ?), ne peut à lui seul avoir la faculté de déstabiliser un groupe si ledit groupe maîtrise les processus de sa propre performance. Par contre, il est exact de prétendre que si ledit entraîneur est maintenu dans une situation de doute qu’il ressent comme gênante, un flou qui dévie son attention et lui ôte le ressenti de sécurité et de certitude, cette situation peut logiquement fragiliser sa gestion émotionnelle, ses ressources… et par la même réduire son niveau de performance propre (concentration notamment, si précieuse dans la réalisation des choix). Rien n’indique dans les éléments à notre disposition que Laurent Blanc a souffert de ce doute, mais si tel a été le cas, nous pouvons affirmer que les médias ont, par leurs questions et affirmations, maintenu ce doute dans l’esprit de Laurent Blanc. Alors oui cela a pu contribuer à déstabiliser l’entraîneur et par voie de conséquence son équipe. Lui seul peut évaluer l’impact que cela a eu, que cette « influence » (calculée ou non) a eu sur sa propre concentration. Mais cela ne peut à notre avis suffire à expliquer la soudaine baisse de régime des Girondins de Bordeaux. Parce que soudaine elle a été.

Mental et Confiance
Le MENTAL est avancé comme explication et nous nous réjouissons de ce courage, de cette ouverture d’esprit.
Commençons donc par nous attarder sur ce qu’est le MENTAL ! Qu’est-ce qu’un bon mental ?…
Les explications les plus complexes peuvent être avancées sur le sujet… Pour notre part, nous préférons partager une approche opérationnelle et compréhensible par chacun (pour peut-être démystifier un peu la dimension mentale et permettre aux clubs de tous niveaux de s’y intéresser).
Notre expérience en matière de préparation mentale couplée aux travaux réalisés dans le domaine a abouti à  un modèle pédagogique qui identifie 5 composantes mentales :
RAISONS D’ETRE : Capacité à construire et renforcer les fondations d’un individu. C’est identifier et vivre le plein accord entre les désirs profonds et la réalité quotidienne
ENVIE : Capacité à  identifier et organiser les objectifs, c’est donner une direction et une intensité d’effort à  la motivation dans le temps
EMOTIONS : Capacité à gérer, régler et modifier les émotions
ENERGIE : Capacité à  gérer et mobiliser le potentiel énergétique
CONCENTRATION : Capacité à être présent « ici et maintenant », c’est se concentrer sur l’action immédiate, gérer efficacement l’erreur, résister aux distracteurs…
Nous convenons donc de considérer qu’un individu qui possède « un bon mental » maîtrise à un haut-niveau les 5 composantes mentales ci-dessus.
Pour les plus curieux d’entre vous, nos travaux en la matière ont clairement montré le nécessaire équilibre entre les composantes à l’exception de la composante ENVIE qui est prédominante.
Et la CONFIANCE ? La confiance est une résultante, la simple résultante de la gestion optimisée des 5 composantes mentales, lesquelles interagissent…

Approche possible
Les tests sur le plan PHYSIQUE ont confirmé le niveau de performance élevé des joueurs sur ce plan. Considérons cette affirmation comme une réalité.
Laurent Blanc a cité à plusieurs reprises une dégradation de la qualité TECHNIQUE lors des récents matches.
Laurent Blanc a avancé l’hypothèse du facteur MENTAL comme étant déterminant dans la phase actuelle dégradée.
Considérant le lien évident entre technique et mental, au vu de l’évolution des faits, il s’agit de tenter de décrypter l’enchainement qui a conduit à la dégradation fondamentale du jeu des Girondins.
Sur le plan mental, les 5 composantes n’ont pas été dégradées dans le même temps. Il y a bien eu un enchaînement de faits concrets et de décisions inadaptées qui ont progressivement permis de fragiliser l’ensemble des composantes mentales. Et il n’y a là aucun jugement, bien évidemment.

Décryptage
L’analyse de l’évolution des résultats et de l’attitude des joueurs est nette. Si des signes étaient présents début février déjà, l’élimination en 1/2 finale de la Champions League a constitué un « tournant » majeur dans la saison des Girondins. Nier ce fait serait se priver de la possibilité de comprendre ce que les joueurs et le staff ont vécu et ressenti.

  • Les Girondins ont montré une grande fébrilité lors de la finale de la coupe de la ligue le 27 mars puis lors de la 1/2 finale éliminatoire de la Champions League face à Lyon.
    De toute évidence un problème de gestion émotionnelle et de concentration pour certaines individualités et par conséquent pour le collectif.
    Question 1 : quel a été le contenu du briefing précédant chacun des 2 matches (quel était l’objectif formulé ?) ? Quel a été le debriefing suivant la 1/2 finale éliminatoire ?
    Question 2 : les explications sur les plans Physique, Technique et Mental ont-elles permis à chaque joueur de comprendre les ressorts concrets de ces 2 défaites ?
    Question 3 : dans quelle mesure les joueurs cadres constituant la  »colonne vertébrale » ont-ils été fragilisés par ces défaites ?
  • L’élimination de la coupe de la ligue puis de la Champions League prive les Girondins de 2 rêves de taille, dont un majeur, prioritaire semble-t-il…
    Cette phase très concrète, vécue de manière individuelle ou partagée dans les vestiaires, a amputé le staff comme les joueurs de 2 perspectives essentielles. Elle a obligatoirement démobilisé les ressources à court terme, créé une déception et généré des réactions émotionnelles diverses. L’ENVIE et les EMOTIONS ont été touchées, ce qui n’est pas forcément grave de conséquences à terme si les mesures adequates sont prises.
    Michael Ciani, a priori lucide et posé face aux évènements dira plus tard (le 2 mai) : « Tout va très vite, nous n’avons pas le temps de prendre de la distance. Nous n’avons pas arrêté depuis janvier. Tout est passé à une telle vitesse… Jouer tous les trois jours est difficile. Nous n’avons pas le temps de souffler. »
    Question 4 : quelles mesures ont été prises pour permettre aux joueurs de se distancier de l’évènement éliminatoire, de « tourner la page » ?
    Question 5 : quelles mesures ont été prises pour redéfinir l’objectif, le partager et favoriser la remobilisation de chacun ET du groupe ?
    Question 6 : une mise au vert a-t-elle eu lieu ? un dialogue ouvert et constructif a-t-il été initié pour permettre à chacun de se réengager dans l’action ?

Rester « scotché » sur la défaite, focalisé sur le passé…
A ce stade, comprenez que les Girondins sont au début de l’engrenage…

  • Les matches suivants ont été une suite de démonstrations de fébrilité, laquelle n’est autre qu’une CONCENTRATION dégradée par une gestion des EMOTIONS déficiente.
    Certains joueurs l’expliquent très bien. Citons Trémoulinas qui est conscient de la déstabilisation engendrée par un but encaissé ou une action mal maîtrisée.
    Cette gestion dégradée des composantes mentales tend à démontrer que la remobilisation n’a pas eu lieu après l’élimination en 1/2 finale de Champions League.
    Il ne s’agit pas ici d’un jugement, notre expérience en la matière nous impose l’humilité.
    La conséquence a été logique : l’émergence de blessures au sein d’un groupe qui n’est plus performant est un phénomène connu. L’ENERGIE est touchée, Laurent Blanc utilise l’image « la pile est vide ! », cela est du à différents facteurs :
    - fatigue générée par l’énergie consentie pour assumer émotionnellement la situation,
    - blessures engendrées par une concentration de moindre qualité (non plus centrée sur l’action, sur le geste, sur le porteur du ballon… mais sur la peur, le résultat…)
    - tendance naturelle à vouloir se protéger d’un environnement perçu consciemment ou inconsciemment comme négatif
    Question 7 : quelle était la pensée immédiate qui venait à l’esprit des joueurs après avoir « encaissé » un but ?…
    Question 8 : quelles mesures de détente musculaire et mentale ont été prises pendant cette période ?
    Question 9 : quels étaient l’ambiance et le briefing à la mi-temps pendant cette période et quel était le contenu du debriefing face à une éventuelle démobilisation ?

L’engrenage est lancé…

  • Après un temps, les RAISONS D’ETRE sont touchées. Mais ici rien ne permet d’affirmer avec certitude que le staff et les joueurs ont vu leur estime de soi baisser. Tout au plus quelques indices lors d’une interview de Laurent Blanc qui se distanciait de ses joueurs, un réflexe de protection ou dores et déjà une tactique cherchant à créer une réaction, lui seul le sait…
    Question 10 : cette distanciation était-elle calculée ? ou subie ?
  • Les Girondins ont gagné contre Toulouse (1-0 le 2 mai).
    Ils ont gagné en produisant un jeu solide sur le plan défensif et au prix d’efforts très importants, loin de la fluidité légendaire des Girondins.
    Aux dires de l’entraîneur, l’engagement est la satisfaction de ce match.
    Question 11 : l’objectif de fin de saison a-t-il été redéfini avant le match ? Une discussion ouverte a-t-elle eu lieu entre les joueurs avant ce match ?
    Question 12 : un debriefing a-t-il été réalisé pour permettre de comprendre ce qui a fait la victoire et qui donc ce qui est reproductible ?
    Question 13 : quelles mesures de récupération sont prises pour accélérer la récupération physique et mentale après ce match ?
    Question 14 : l’enchaînement complet des faits de la saison a-t-il été archivé ? Lui seul permet de comprendre la perspective…

Le match nul réalisé ce soir à Nice a montré combien il ne s’agit pas d’orgueil mais de la nécessaire maîtrise de chacune des composantes mentales.
La reconquête se prépare-t-elle ? La reconstruction du Bordeaux 2010-2011 a-t-elle débuté ?
Seule la réponse aux questions posées permettrait de se positionner…

Précautions
Les seuls faits visibles et/ou rapportés ne suffiront jamais à créditer la véracité et la pertinence de ce décryptage.  Ce n’est qu’un éclairage différent et spécifique. Il a sa propre réalité objective. Il s’agit d’un avis et non d’un jugement. Nous avons conscience de ne pas connaître la totalité des informations. Bien évidemment, nous avons le plus grand respect pour les personnes concernées.

Le mot de la fin
Au delà de la déception, des larmes, des mots regrettés, des responsabilités, de la chaleur moite du vestiaire,  il y a la place pour un regard extérieur et une action différente.
Certes il s’agit de notre regard et certains prétendront qu’il est possible de poser un regard très différent tout aussi logique…
Oui, et c’est bien là ce qui fait la beauté du sport et le piquant de la concurrence : faire le juste choix !
Nous nous plaisons à répéter que l’échec analysé est la graine des succès à venir…
Nous formulons le souhait que les Girondins dans leur ensemble sauront exploiter ce passage riche, très riche…
« La chance et la réussite sont à créer », Michaël Ciani a vu juste, la confiance est à re-construire…

Sylvain BASSET

Diagnostic Performance Individuelle

Formation des entraîneurs

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