EQUIPE DE FRANCE, QUEL PROJET ?

Publié le 18 juin 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

MANAGEMENT
EQUIPE DE FRANCE, QUEL PROJET ?

Nous, Français
Nous y voilà…
Nous y voilà toutes et tous en ce lendemain de défaite 2-0 face à une belle et fraîche équipe du Mexique…
Nous y voilà à commenter, écrire ou lire ce que d’aucun appellent « la honte »…
Nous y voilà, mais sommes-nous surpris ?
Combien d’entre nous sont tombés de haut ?
Combien d’entre nous ne s’y attendaient pas ?…

Il ne s’agit de loin pas de dire « on le savait », c’est si simple et si stérile… Mais tout de même, osons nous interroger : qui pouvait ne pas voir  ?

Le public, la presse, les experts du football, les « sages » (souvenez-vous les commentaires de Yannick Noah sur TF1)… Tous ne pouvaient que constater le vide du jeu français et sa si faible créativité depuis le lendemain de cette émouvante coupe du monde 2006… Tous avaient pu s’offusquer du maintien en place d’un sélectionneur plus que controversé ce fameux 4 juillet 2008… Tous avaient pu observer les conditions si douloureuses de qualification pour le mondial 2010… Une minorité se souvient peut-être également des conditions difficiles de sélection pour le mondial 2006, une sélection qu’il faut bien l’avouer a tenu à la chandelle du retour de Zinédine Zidane. Un Zinédine Zidane auteur d’une coupe du monde 2006 exceptionnelle mais peut-être plus encore doué d’un esprit d’indépendance et de révolte, capable de soutenir un groupe sans mots mais avec une présence, un engagement… Un Zinédine Zidane complétant une colonne vertébrale solide et créative, engagée, douée d’une intention commune.

Le départ de Zinadine Zidane, plus que le départ d’un homme, la fin d’un mode de fonctionnement, d’une certaine idée du groupe. Le départ de celui qui disait de Raymond Domenech « L’autre… »

Tout est écrit, dit, scandé… « Lamentable », « Trop payés », « QI de 0″, « Honteux », « Imposteurs »… Tout et plus encore.
Chacun y va de son explication, de sa vérité…

Mais quelle importance de connaître la vérité ?
Avoir raison contre les acteurs principaux n’est d’aucune utilité…
Nous ne chargerons pas Raymond Domenech, il n’y a aucun intérêt à ajouter la méchanceté à la malhonnêteté de critiques non constructives. Mais osons tout de même nous interroger : Raymond Domenech n’a-t-il pas cru pouvoir avoir raison envers et contre tous ? Envers et contre le public, envers et contre la presse, envers et contre les joueurs ?

Les joueurs expérimentés se sont plus qu’interrogés sur la manière télévisée de communiquer la liste des joueurs sélectionnés…
Les experts du foot, Bixente Lizarazu en tête, ont souligné les déficiences tactiques des options prises par le sélectionneur national (4-3-3), leurs arguments étaient intéressants…
Les spectateurs avertis se sont interrogés sur la performance amoindrie de certains joueurs (Ribery, Anelka, Govou…)…
Les commentateurs experts, Jean-Michel Larqué en tête, se sont offusqués de la multiplication des coups francs mal préparés et de fait mal réalisés…
Les spécialistes du mental ont noté le manque flagrant de cohésion et de fluidité au sein du groupe France, d’envie aussi…
D’autres encore se sont étonnés du niveau affaibli d’un Yohann Gourcuff finalement évincé lors de France – Mexique…
Impossible de ne pas voir dans ces indices de fébrilité l’évidente conséquence d’un mal-être au sein du groupe France.

L’envie, l’intention, l’engagement… La nécessaire envie qui caractérise toute performance de haut-niveau et tout état de fluidité pour le commun des mortels. Mais il ne peut y avoir d’envie que s’il y a de solides raisons d’être et un immense plaisir à en être dans ce groupe et dans cette coupe du monde . Quelles sont les raisons qu’ont les joueurs et le staff d’être dans cette équipe de France ? Il y a là une question fondamentale, essentielle, relative au sens que chacun des acteurs donne à son action. Etre là ne doit pas être un résultat, tout au plus un chemin logique pour accomplir ce que l’on aime.

Y croyaient-ils ces joueurs, Patrice Evra comme d’autres, qui prétendaient se rendre à la Coupe du Monde pour la gagner ? L’ambition du résultat n’est pas l’envie, ne confondons pas.

Etait-ce cela le projet, gagner la coupe du monde ? Si c’est le cas, depuis quand était-ce le projet ?
Un projet, c’est identifier un point de départ, un point d’arrivée, une stratégie, des étapes, un contrôle…
Un projet, c’est une succession de processus qui conduisent au Jour J : Objectif – Ressources – Plan d’action – Cohésion – Entraînement…
Un projet de haut-niveau, c’est un tableau de bord de pilotage qui oblige à décider au mieux des intérêts de l’équipe et au mieux de la contribution à l’objectif.
Un projet, c’est un savant dosage entre un cap fixé et une ouverture permanente aux critiques.
Un projet, ce sont des décisions…
De toute évidence, ce qui devait être décidé ne l’a pas été.
Un projet, c’est un progrès vers…
De toute évidence, la France n’a pas progressé.

Et alors, tous responsables, tous coupables ?
Nous ne pouvons nous contenter de cela.
Avant toute considération tactique…
Il manque un socle à cette équipe, un socle solide et large, celui du plaisir et des raisons d’être. Aimer, aimer le joueur d’à côté, de devant, de derrière… Aimer le sélectionneur… Aimer le public… S’aimer soi.
Il manque un objectif réaliste à cette équipe, pour lui et nous donner envie. Envie d’oser, envie de se donner, de se balancer dans l’action sans peur du regard et du jugement, envie de donner sans rien attendre en retour.

Il manque un projet à cette équipe, gagner une coupe du monde ne s’improvise pas en 3 semaines. Il y a là un projet au long cours, qui passe inévitablement par des mois d’essai, de construction, de sourires et d’engueulades. Ne dit-on pas qu’un projet qui ne gripe pas est un projet qui n’avance pas ?
Il y a ici un appel à la redéfinition de l’organisation du haut-niveau footballistique français : l’avenir d’une équipe ne peut tenir dans les mains d’un sélectionneur ou d’un staff isolé voire de joueurs tout puissants, il n’y a d’avenir que dans notre capacité à créer une véritable structure projet.

La page va se tourner,
Laurent Blanc va trouver un chantier de taille, certainement est-ce mieux ainsi d’ailleurs.
Souhaitons-lui de savoir créer le projet dont la France a besoin.

SB

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Publié dans COUPE DU MONDE FOOT  
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