DANS L’ANTRE DU VESTIAIRE…

Publié le 21 juin 2010 par Sylvain Basset | flux rss Flux RSS de l'article

Composante mentale : EMOTIONS
MANAGEMENT
DANS L'ANTRE DU VESTIAIRE...

La phrase, LA phrase semble limpide, évidente, choquante…
La phrase a été reprise, amplifiée, commentée, transformée (peut-être), relatée…
La phrase a fait l’objet de l’intervention des plus hautes instances de l’état…
La phrase a reconduit Nicolas Anelka en terre d’Angleterre…
Nicolas Anelka au pilori, sacrifié sur l’autel de la déroute française…
La phrase a créé la chasse au traître…
La phrase a entraîné la grève des joueurs français…
Et peut-être plus encore.
Mais peut-être mérite-t’elle un autre regard que cette litanie de jugements prudes et offusqués.

Vous – lecteurs du blog la-gagne-est-un-projet – êtes en immense partie sportifs, pratiquants, expérimentés des compétitions et autres vestiaires…
Vous – lecteurs du blog la-gagne-est-un-projet – si vous n’êtes pas expérimentés des vestiaires, avez vécu de multiples moments de tension… critiques parfois.
Les médias ont un pouvoir de grande ampleur, le pouvoir a cette caractéristique qu’il peut parfois nous inciter à penser faire ce que jamais vous n’auriez envisagé (souvenez-vous cette émission récente diffusée sur France 2 !).
Tout est présenté comme une évidence mathématique et implacable : Nicolas Anelka a insulté = Nicolas Anelka doit être viré
Nous voici les protecteurs du temple, les témoins remplis de morale d’une scène « oh shocking ! »

La face visible n’est que rarement la cause mais plus souvent la conséquence…

Nous les espérons nombreux les lecteurs spectateurs qui ont pris ce temps nécessaire de réflexion, le temps du questionnement qui permet de tenter de repositionner les évènements dans leur contexte, le temps d’analyser pour se forger une conviction et ensuite, seulement ensuite décider.
La mi-temps, le temps mort bien vivant de chaque match de football…
La mi-temps, le temps où les joueurs décrochent du champ du jeu, de l’action pour vivre une phase d’analyse, de redéfinition de la tactique et de remobilisation…
La mi-temps, le temps et l’espace protégés, là où l’essentiel doit exister, à savoir l’échange sain et transparent qui assure la visibilité sur la suite des évènements…
La mi-temps, le cocon, la cellule hermétique qui scelle l’unité d’un groupe…
Les footballeurs savent combien le protocole de l’isolement et des portes closes joue un rôle capital, vital…
Les footballeurs les ont déjà vus les ballons balancés, les bouteilles d’eau voler, les insultes fuser…
Les décideurs, ne les ont-ils jamais prononcés ces noms d’oiseaux à l’entracte d’une assemblée ou d’une réunion tendue ?
« C’était privé ? »
Et le vestaire alors ? Là où chacun est à poil, transpirant… N’est-il pas privé ?

Loin de nous l’idée de défendre un propos qui n’a rien de reluisant…
Loin de nous l’idée d’ériger en exemple les soi-disant propos de Nicolas Anelka…
Mais enfin, situons les propos là où ils sont, dans un vestiaire clos, à la mi-temps d’un match de football, prononcés par un joueur de football…

L’arbre qui cache la forêt, qu’il est agréable de planter cet arbre !
Comment donc un tel épisode a-t’il pu se produire, telle semble être plutôt la question clé !
Comment donc un propos aussi déplacé soit-il a-t’il pu générer une telle mobilisation ?

Ce propos, s’il a été prononcé, n’avait aucune raison d’être révélé…
Pourquoi donc l’a-t’il été ?
Une évidence : aucune règle de conduite et aucune clé de cohésion n’existent au sein de l’équipe, ce qui relève du coach.
Une crainte : à qui profite le crime ? Qui avait intérêt à révéler les supposés propos ? Un concurrent de Nicolas Anelka ? Un « ragoteur » ? Un entraîneur dans le collimateur ? Nous n’avons évidemment pas la réponse. Mais à l’évidence il s’agit d’un individu qui n’est que très peu engagé dans la vie de l’équipe au sens 1er du terme.
Un fait : un tel propos et son ampleur révèlent à la fois la défiance envers l’entraîneur et l’inexistance de dialogue ouvert, transparent, vrai… La nécessaire transparence qui seule permet la formulation des critiques et l’éclosion de solutions. L’entraîneur a ici une responsabilité, celle de favoriser le dialogue et de lever les freins à ce dialogue. S’il y a réellement un « problème Anelka », ne devait-il pas être identifié et réglé bien en amont ?
Un constat : « sortir » les propos du vestiaire, n’est-ce pas un appel au secours, un aveu concernant l’incapacité du groupe à résoudre seul la crise qu’il traverse ?
Une conséquence  : le propos ne devait pas être révélé, mais il l’a été… et les relais ont été plus que nombreux… N’y a-t’il pas ici la conséquence d’années de communication remplies de défiance et de désamour ? N’est-ce pas là le logique retour de bâton ?
Une révolte : elle est nécessaire la révolte. Une équipe en difficulté se doit de s’exprimer, de réagir, de laver son linge sale (en famille !), de cracher son venin (en interne !) pour crever l’abcès et retrouver un terrain de construction. Certainement fallait-il le faire avant, mais le temps ne se rattrappe pas, il se vit. Les joueurs font grève ? N’est-ce pas là la preuve ultime de l’inexistance actuelle du dialogue entre joueurs, entraîneurs…?

Nicolas Anelka s’est semble-t’il révolté, certainement a-t’il été maladroit, mais il n’en demeure pas moins que la révolte est nécessaire. Pas la révolte contre l’adversaire, la révolte d’un groupe dont les membres acceptent de tomber l’armure, de reconnaître leurs failles, d’identifier là où progresser et de le faire. Oui cela passe par des larmes, par de la douleur, par une remise en question profonde, par la révolution de chacun. Etre petit un instant pour être très grand plus tard.

Faites-le ! Faites-le !
Dans l’antre du vestiaire, faites-le !
Ne le faites pas pour vous qualifier, faites-le pour poser la 1ère pierre de votre reconstruction personnelle !

SB

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Publié dans COUPE DU MONDE FOOT, Football  
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