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Séquence
Quatrième du Trophée Bompard qui s’est déroulé ce week-end à Paris, Brian Joubert, champion du monde 2007 et triple champion d’Europe, produit une performance en demi-teinte à quatre mois des Jeux olympiques de Vancouver (février 2010).
Faits visibles et rapportés
Brian Joubert constate :
« C’était un Trophée Bompard catas… Non pas catastrophique mais pas bon. (…) Un programme court qui se passe mal mais au fond de moi, ce n’est pas une surprise parce que ces derniers temps, ça ne se passait pas très bien à l’entraînement. Je faisais beaucoup d’erreurs, donc je ne me sentais pas complètement serein. (…) Je n’aime pas faire les compétitions en France. J’étais beaucoup trop nerveux, donc j’ai fait des erreurs »
Brian Joubert analyse :
« Chaque fois que j’ai eu ces sensations de ne pas être complètement prêt, j’ai toujours raté. J’étais en colère car je pensais que je pouvais passer au-dessus de cela, et je n’ai pas réussi. Je n’en suis pas capable pour le moment. Ce qui ne veut pas dire que je ne le serai pas pour le futur. (…) Je n’ai pas spécialement de problèmes techniques, c’est ça qui m’embête un peu. Depuis le Master’s, j’ai perdu du poids, j’ai redressé la technique, mais il me reste encore beaucoup de travail à faire pour être encore mieux physiquement, plus confiant.»
Brian Joubert décide :
« Je suis évidemment très déçu de ne pas avoir gagné, mais j’ai déjà été pire que cela en novembre. Il va falloir alléger certaines choses. Mon programme libre est super et je m’y sens bien. Je continue à m’entraîner sur les trois quadruples et je ne lâcherai pas quoi qu’il arrive ».
Didier Gaillaguet, président de la Fédération Française des Sports de Glace, affirme à quelques propos près que
« Brian Joubert doit (…) se lever Titre Olympique, se doucher Titre Olympique, déjeuner Titre Olympique, vivre Titre Olympique, se coucher Titre Olympique (…)… »
Notre sujet
Appliquons-nous dans un premier temps à tenter d’identifier les phénomènes en présence, lesquels ont – a priori – une influence sur la performance de Brian Joubert.
Nous chercherons également à positionner l’intervention de Didier Gaillaguet, à mesurer son impact potentiel sur le patineur et à mesurer la validité de la solution qu’il propose.
Fausses pistes…
n°1 : « Vivre Titre Olympique ! « … Et si Brian Joubert ne l’obtient pas ce si convoité Titre Olympique ????… Il se lèvera comment ? Il déjeunera comment ? Il vivra comment ?…
Au delà d’une déclaration certainement pleine d’ambition, il y a ici un propos particulièrement fragilisant pour l’athlète. Plusieurs raisons à cela :
- Hyper-Sacraliser le Jour J revient à créer une pression surdimensionnée (parfois proche de la panique) : que se passera-t-il si l’athlète échoue ? Réduire son existence à cette seule perspective revient à l’empêcher de se projeter dans l’avenir post-olympique et l’empêchera donc de « traverser » l’événement de manière fluide. Souvenez-vous des images de Yelena Issinbayeva totalement effondrée après ses 3 échecs au saut à la perche des championnats du monde d’athlétisme 2009 de Berlin, son cerveau (son propos) n’avait jamais imaginé que la défaite était possible !!! Elle ne disposait d’aucune option alternative, ce qui a créé une pression démesurée pendant l’événement (cf ses multiples allers-retours vers son entraîneur, attitude inimaginable jusqu’alors). Souhaite-t-on cela à Brian ?
- Focaliser un individu sur un seul pilier de vie le fragilise obligatoirement. Un peu à la manière d’un tabouret qui repose sur un seul pied, imaginez l’impact du moindre coup sur le pied ! C’est l’ensemble du tabouret qui vascille ! Et le tabouret, c’est l’athlète !…
n°2 : l’unique confiance extrinsèque. Le réflexe de Brian Joubert, dont les propos tendent à laisser penser qu’il compte sur le travail physique pour lui redonner confiance est en partie exact, mais en partie seulement. Rappelons-nous que la confiance est une composante mentale qui peut être enrichie par des phénomènes extérieurs (ce qui revient à dire « quand je serai plus fort j’aurai davantage confiance en moi »). Mais cette composante, à haut-niveau de surcroît, doit bien davantage être alimentée de manière intrinsèque par la maîtrise des 5 composantes mentales de la performance : RAISONS D’ETRE – ENVIE – ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION.
Décryptage
Tentons de faire simple au milieu de la multiplicité des informations à notre disposition…
Citons les processus, techniques et composantes mentales en présence :
PROCESSUS TRAINING : Brian Joubert explique avoir commis de nombreuses erreurs à l’entraînement et ne pas s’y être senti serein. Le Processus TRAINING est donc ici en cause. Il n’y a aucun mystère et Brian en est parfaitement conscient, car comment réussir en compétition dans un contexte qui favorise la sur-pression et amoindrit la lucidité là où les entraînements ne donnent pas le résultat escompté ?
GESTION DE L’ERREUR : chacun de nous le sait, pas de progrès possible sans erreur. La différence se fait dans la manière de traiter l’erreur, de l’utiliser pour progresser physiquement, techniquement et mentalement. Un protocole de gestion de l’erreur est-il intégré à l’entraînement de Brian Joubert ? (Objectif – Préparation – Action/Vidéo – Analyse/Debriefing codifié – Correction sérielle (technique de préparation mentale destiné à corriger l’erreur)- Imagerie motrice – Action – (…). Et souvenons-nous que l’erreur fait partie de la démarche de progrès ! Comment progresser sans commettre d’erreur ?
EMOTIONS : la gestion émotionnelle semble bien être un point faible chez notre patineur national préféré ! Il reconnait d’ailleurs aisément sa nervosité devant le public français et le lien direct avec les erreurs. Phénomène bien connu des champs de concentration inadaptés dûs à une gestion émotionnelle non performante. Mais comme toute composante mentale, technique ou physique, elle ne s’improvise pas en compétition mais se travaille à l’entraînement (intégré ou non aux séances).
ENERGIE : à ne pas négliger malgré les apparences ! La perte de poids peut engendrer fatigue et n’oublions pas que ENERGIE et EMOTIONS permettent la CONCENTRATION…
PROCESSUS JOUR J : le plus sûr moyen de maîtriser le déroulement du Jour J et de reproduire le niveau optimal de performance consiste à créer un référentiel type. Les actions, champs d’attention et niveaux d’activation visés constitueront la colonne vertébrale de la performance et sauront maintenir le juste niveau émotionnel. Cette colonne vertébrale garantit également le maintien de l’attention sur les champs de maîtrise (ce qui n’est pas le cas de Brian Joubert puisqu’il laisse une place au public, qui plus est une place déstabilisante).
Mécanismes
Triangle de la performance
La performance en compétition résulte de la règle : Support de concentration + Ancrage + Juste émotion
Aucun doute, la gestion émotionnelle déficiente à l’entraînement (absence de sérénité et non intégration de la composante émotionnelle ) semble bien être directement en cause dans la « contre-performance » de Brian Joubert ce week-end. Etre « complètement prêt » comme le dit Brian, ce n’est de loin pas que sur les plans physique et technique…
Niveau de fluidité
La fluidité provient d’une ENVIE importante et légèrement supérieure aux RAISONS D’ETRE (piliers de vie).
Nous ignorons tout du niveau de ces dimensions chez Brian Joubert et ne pouvons que l’encourager à faire son http://www.mydpi.fr/
!!! Nous pouvons toutefois affirmer qu’après l’expérience du trophée Bompard, la priorité immédiate va à la consolidation des RAISONS D’ETRE (pleine conscience des domaines de vie divers) et surtout pas à l’hyper focalisation sur une échéance à venir !!!
Penser et vivre Titre Olympique ? Si c’est une manière de montrer à l’athlète que l’on croit en lui, ce peut être acceptable en dernier recours… Mais vous aurez compris que ce propos ne peut que renforcer la pression sur un athlète dont le besoin est de renforcer sa gestion émotionnelle…
Questions
Brian Joubert arrive-t-il serein à l’entraînement ?
Quels outils de gestion émotionnelle sont intégrés aux entraînements ?
Brian Joubert sort-il serein de l’entraînement ?
Quel protocole est mis en oeuvre pour gérer les erreurs à l’entraînement ou en compétition ?
Brian Joubert a-t-il mis en place un référentiel Jour J et si oui, quel est l’écart entre la cible et les épreuves du Trophée Bompard ?
Le mot de la fin
« Qui perd la maîtrise émotionnelle perd le combat ! »
Brian, au vu de ton niveau et de ton expérience, tu n’ignores certainement pas l’importance de la maîtrise de la composante émotionnelle.
Nous ignorons la part que prend la gestion émotionnelle à ton entraînement, mais nous nous permettons de t’encourager à la renforcer ! C’est de là que viendront en grande partie les progrès à venir !
Et si le trophée Bompard a pu servir à cela, c’est une superbe performance !
S.B.
Publié dans
Patinage artistique
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J’ai adoré !
Enfin un article de qualité et pointu, génial !