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Séquence
La 10ème étape du Tour de France s’est courue sans oreillettes de liaison entre les coureurs et leurs voitures d’équipes.
Victoire au sprint de Mark Cavendish (Columbia) à Issoudun (Indre)
Faits visibles
La course a donné lieu à un mouvement de protestation de la part d’une majorité d’équipes qui n’étaient pas d’accord avec l’obligation de déposer pour cette journée les oreillettes. «Les équipes se sont coalisées pour faire en sorte qu’il y ait un sprint massif et le moins de spectacle possible», a regretté Christian Prudhomme, le directeur du Tour.
Notre sujet
Quels phénomènes sont en jeu et pourquoi de tels clivages entre les « pour » et les « contre » un cyclisme sans oreillettes ?
Quelle est l’influence de la présence ou non des oreillettes dans le peloton cycliste ?
Fausses pistes
1. Le progrès…
Qui peut bien prétendre connaître ce qu’est le progrès ? Au delà d’une simple réflexion philosophique, force est de constater que le monde va dans un sens puis dans un autre, que les pays progressent dans des directions différentes, qu’il y a progrès économique et progrès écologique…
S’abriter derrière le simple mot « progrès » expose les « justes » d’aujourd’hui aux reproches des « justes » de demain.
2. Le cyclisme moderne…
La modernité n’est que le résultat d’une nouveauté. Souhaitons-nous cette modernité-là ? Ou préférons-nous voir éclore d’autres formes de modernité ? Là est peut-être la question principale…
Approche possible
Sans aucunement prétendre détenir la vérité - qui n’existe certainement pas d’ailleurs -, tentons une analyse du phénomène « oreillettes » au travers du triangle mental de la performance : ENERGIE – EMOTIONS – CONCENTRATION.
Décryptage
Souvenons-nous tout d’abord de ce que représente le phénomène « oreillettes » ou « haut-parleur » dans le cyclisme « moderne »…
Si chacun s’est presque habitué à observer le coureur en contre rivé sur son oreillette pour écouter son directeur sportif lui indiquer s’il faut lever le pied ou insister…
Si chacun considère comme anecdotique le souvenir de l’équipe Casino se levant comme un seul homme dans une étape du Tour sur ordre du directeur sportif…
Si chacun ne remarque même plus A. Contador mettre, démettre et remettre son oreillette à n’en plus finir…
Interrogeons-nous sur les dérives du phénomène !
Savons-nous écouter ce qui se dit pendant les contre-la-montre ? Ecoutons-nous les consignes des (pas tous !) directeurs sportifs qui hurlent dans le haut-parleur de la voiture suiveuse « Virage à droite à 200 m – mets le 17 – freine – debout sur les pédales – danseuse – mets le 15 – (…) »
Mécanismes
Que cela signifie-t-il ?
Ne nous leurrons pas, le phénomène « oreillettes » se révèle être au mieux une béquille ou assistance stratégique qui positionne le directeur sportif aux manettes de la compétition, y compris pendant son déroulement, le Jour J. Le volet Analyse – Décision qui précède l’action compétitive est de fait décentralisé dans la voiture suiveuse, en quelque sorte externalisé.
Au pire le phénomène se rapproche du « téléguidage »… J’exagère ? Pas sûr…
Si l’on observe le phénomène au travers du triangle de la performance, aucun doute possible, l’intervention de consignes au coeur même de l’action tend à dévaloriser les esprits stratèges pour survaloriser la composante ENERGIE chez le coureur, et donc à favoriser un certain type de profil, avec toutes les dérives que cela implique…
C’est à mon sens réducteur car un athlète n’est pas fait que d’ENERGIE, loin de là…
Ne regardez pas chez Lance Armstrong les doutes que vous avez sur sa préparation, regardez aussi et surtout la gestion de ses émotions avant les contre la montre ! Observez sa capacité à bluffer et à semer le doute, sa capacité à s’organiser pour préserver ce qu’il veut préserver !…
Questions
1. Désire-t-on un(e) cycliste au coeur de la démarche stratégique pendant ce qui lui reste d’espace d’autonomie : la compétition ?
2. Souhaite-t-on valoriser uniquement la composante ENERGIE dans le cyclisme ou souhaite-t-on donner aux cyclistes les moyens de valoriser leur capacité à gérer leurs EMOTIONS et à mettre en place une juste CONCENTRATION pendant les épreuves ?
3. En tant que téléspectateurs(trices), ne prendrions-nous pas un immense plaisir à nous laisser bluffer par d’autres suspenses ?
4. Osons être provocateurs : le dopage n’a-t-il pas un rapport avec ENERGIE ? Lutter contre lui est certes louable mais ne serait-il pas plus opportun de valoriser d’autres profils ?…
Précautions
Chers directeurs sportifs opposés aux épreuves sans oreillettes, ma réflexion ne va de loin pas contre vous, j’adore votre métier et votre passion. Mais il y a tant de stratégies et autres tactiques à élaborer entre le Bilan d’une saison ou d’une compétition et la préparation d’une compétition, tant d’espace… Il y a tant à gagner à soutenir vos coureurs dans leur manière de gérer leurs EMOTIONS, leur ENERGIE et leur CONCENTRATION.
Chers coureurs qui avez manifesté dans cette 10ème étape du Tour, ma réflexion ne va non plus pas à votre encontre, bien au contraire. Osez penser qu’il y a d’autres voies de progrès possibles ! Des voies qui font plus que préserver vos intérêts, des voies qui valorisent ce sport que j’adore : le cyclisme.
Chers organisateurs, coureurs, directeurs sportifs, sélectionneurs nationaux favorables à la suppression des oreillettes sur certaines épreuves, vous ne pouvez avoir tort, vos convictions sont saines !
Notre seule ambition est celle d’apporter notre contribution et notre angle de vue à ce débat qui peine à s’exprimer au grand jour… et que notre liberté de ton autorise.
S.B.
Publié dans
Cyclisme
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